Versos French Emile Verhaeren L’Air se durcit

French poem

L’Air se durcit

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L’air se durcit, le gel va ressaisir la nuit. Les roses du pignon tremblent au vent qui passe, Une dernière abeille entre dans les fleurs lasses, Et tout à coup s’angoisse et brusquement s’enfuit.

Les mille bruits du soir montent des vieux villages, Plus nets et plus vrillants qu’aux jours secs de l’été ; Une tenace, vieille et morne hostilité Semble habiter l’ornière où grince un attelage.

Plaintes des puits, douleurs des seuils, cris des verrous, Vous perforez le cœur transi de l’étendue ; Tout devient crainte, attente et misère tordue Entre les dents du froid qui mord comme les loups.

L’eau se crispe et se serre et bleuit dans les mares ; Le dallage se sèche autour du vieil évier ; Les chats, pour le foyer, désertent le grenier ; Le lait ne caille plus dans le giron des jarres.

Et la cloche, qui sonne et sonne l’angélus, Change de voix pour annoncer que les journées Pleines d’abeilles d’or sont à leur tour fanées Et que les clairs boutons des roses safranées Sur leurs tiges d’orgueil ne s’entr’ouvriront plus.