French poem
L’Avenir
I Mon cœur qui choit, mais se relève S’est élancé d’un bond puissant Vers un futur éblouissant Tel que le veut créer mon rêve.
Je sais ce qu’il m’en faut bannir : Bonheur trop sûr ; clarté trop forte ; Mais doute, excès, périls, qu’importe, J’ai la ferveur de l’avenir.
Depuis qu’on ne croit plus en somme Qu’au gré des saints, qu’au nom des dieux Se fait le sort impérieux, Les siècles sont aux mains des hommes.
C’est eux qui éclairent demain Avec les feux et les lumières Qu’après les affres de la guerre Gardent encor leurs cœurs humains
Leurs cris, leurs vouloirs et leurs actes Ébauchent tous, par le menu, Ce vaste et tragique inconnu Plein de ténèbre encor compacte,
Mais qui groupe si bien les vœux Autour de son puissant mystère Que vers lui montent les prières Que leurs pères jetaient aux dieux.
II Non ce n’est plus sur une grève Tel Paradis hospitalier Au repos lourd et régulier Que l’avenir est pour mon rêve.
Mais bien l’intrépide cité Où toute âme se ravitaille Dans son incessante bataille D’un haut désir d’intensité,
Où surabonde le génie Qui vole à l’univers distrait Les plus profonds de ses secrets Et son aveugle hégémonie,
Où tout vieux texte est refondu Au feu de plus strictes études, Où tout est force et promptitude Autour des dangers suspendus,
Où le penseur ligue et entraîne D’autres esprits en son élan Dès qu’il hausse de plan en plan Vers la règle, l’entente humaine.
Si bien que l’homme est maître enfin Et de lui-même et de la terre Et que son front autoritaire Masque le front du vieux destin.