French poem
La Baie
Dans une baie, au bord des dunes, Qui s’étendent, de lieue en lieue, Voici jouant avec la lune, La fée aux deux mains bleues.
Comme d’un panier d’or, La lune tombe au fond de l’eau Et s’éparpille En ronds qui brillent ; La lune et tout le grand ciel d’or Tombent et roulent vers leur mort, Au fond de l’eau profonde et bleue Dont est reine, la fée Aux deux mains bleues.
Or idéal et si lointain Que les regards sont incertains Dès qu’ils le comptent ; Et néanmoins la fée Le mêle à l’or de ses cheveux Et sur ses seins, le dompte.
Elle se pâme en ses reflets Brusques et violets, Le jette au sable et à la vase, Sans se douter, un seul moment, Que dans les loins du firmament Cet or aimante et fait brûler l’extase.
Elle le fausse et le salit L’attire à elle au fond du lit D’algues et de goémons flasques, Où rit, d’entre des fleurs couleur céruse Et des balancements d’ombres et de méduses, Son masque.
Et l’or divin est employé Sans peur qu’il soit l’éclair qui tout à coup fulgure, Pour le plaisir et la luxure ; Et l’or divin, c’est l’or noyé. Dans une baie au fond des dunes Qui s’étendent de lieue en lieue, Voici la fée aux deux mains bleues Drainant le ciel en ses cheveux.