French poem
Le Grand serment
Saint Georges, Le président de ton serment Se carre et se rengorge Superbement Quand, au sortir de la grand’messe, Il défile d’un pas altier, Tel dimanche de la kermesse, Sous l’or bougeant de son collier.
On le regarde En son orgueil marcher ; Les solennels et francs archers Du grand serment Lui font sa garde ; L’heure est claire, les cieux vermeils : Vraiment C’est à croire qu’il porte Sur son torse bombé et ses épaules fortes Des morceaux de soleil.
En un panier bordé de soie Sont étendus son arc et son carquois ; Une tige de buis, Dont le sommet lentement bouge, Tend, devant lui, L’ébouriffant plumage rouge De l’oiseau d’or qu’il abattit.
Il traverse la rue aux Laines, La cour du prince et le vieux bourg ; Il marcherait à grands pas lourds Sans perdre haleine, Jusqu’au soleil couché. Mais tout à coup les tintamarres De la fanfare Lui font accueil, sur le marché, Les pistons crient et les tubas font rage Sans nul répit, sans nul arrêt, Et l’on promène du tapage De cabaret en cabaret.
Bières rouges sous couronne de mousse Pour vous lamper gaîment À la santé du grand serment, Chacun s’en vient à la rescousse ; On assiège les comptoirs clairs Avec des brocs tendus en l’air. Les servantes passent et passent, Moites de hâte et de sueur Et refoulant à coups de croupe, Parmi les cris et les rires, la troupe Toujours plus dense des buveurs.
Le Président du grand serment Est cahoté au va-et-vient des houles Et des vacarmes de la foule ; On le bouscule en des bagarres À hue, à dia, jusqu’au moment Où la concassante fanfare, Par le chemin qui suit la gare, Le mène au clos du grand serment.
Le tir à l’arc paisible et seul S’étend, là-bas, près des tilleuls Qui versent l’ombre à qui la cherche Et d’où s’élève en contre-bas D’un grand jet blanc, ainsi qu’un mât, La perche. Avec solennité, l’oiseau Tourbillon d’or, et tourbillon d’écume, Est replacé, là-haut ; Et tel est l’ordre et la coutume Que si la flèche d’un archer S’en vient, avant la flèche présidentielle, Toucher La parure immatérielle Du bel oiseau, Là-haut, Le chef du grand serment Payera jusques au soir, Abondamment, À boire.
Et l’on se soûle en son honneur, Et l’on trinque, et l’on crie, et l’on hurle, et la peur S’accouple en des coins d’ombre avec la joie. Filles, qui traversez par bandes les chemins, Les gars aux violentes mains Vous agrippent comme des proies. L’ombre se fait autour du vieil enclos Où commande saint Georges. Le dernier air des fanfares se clôt, Les cors s’enrouent et les bugles dégorgent Un refrain las qui n’en peut plus. Archers, vos bras sont lourds, vos doigts moulus.
Et vos regards se voilent, Et vous ne savez plus si vous visez L’oiseau superbe et pavoisé Ou la première étoile.
Et par de longs et zigzagants détours, Vous revenez des vieux faubourgs Vers la grand’place où s’exalte la joie. Un pitre y fait le boniment Au président du grand serment, Et dans un coin le carrousel flamboie Et tourne, et tourne, en emportant Au mors aux dents de ses chevaux ardents, Mais immobiles, L’habituel recueillement Et le silence de la ville.