French poem
Le Printemps de 1915
Tu me parlais de ta voix belle Et demandais en insistant : Y a-t-il encore un printemps Et les feuilles repoussent-elles ?
La guerre accapare le ciel, Les eaux, les monts, les bois, la terre ; Où vient la rose ? où est le miel Pour les abeilles volontaires ?
Où les pousses des roncerois Et les boutons des anémones ? Où la rencontre, au cœur du bois, Des pas de Flore et de Pomone ?
— Hélas ! plus n’est de floraison Que celle des feux dans l’espace : Bouquets de rage et de menace S’éparpillant sur l’horizon.
Plus n’est, hélas ! de splendeur rouge Que celle, hélas, des boulets fous Éclaboussant de larges coups Clochers, hameaux, fermes et bouges.
Tout est sans joie et sans merci ; La lutte épand de plaine en plaine Ses bonds de fureur et de haine : C’est le printemps de ce temps-ci.