French poem
Les Jours de pluie
Au long des cours, des impasses et des venelles Des vieux quartiers retraits, La pluie Semble à jamais
Chez elle.
Elle y tombe depuis novembre, Continûment, à petit bruit, Elle y tombe, le jour, la nuit ; Et nul ne sait quand elle aura fini De tapoter, avec ses doigts d’ennui,
Les carreaux verts des pauvres chambres.
Les lucarnes et leurs prunelles La regardent qui dure à l’infini ; Et les vieux murs et leurs étais pourris S’imbibent d’elle.
S’il arrive qu’elle tarit,
Comme à bout d’elle-même, Une heure ou deux, quand le soleil s’amène, Longtemps, longtemps, L’oreille encore écoute, Goutte après goutte, Ses tintements derniers
Dans la gouttière des greniers.
Et les trottoirs et leurs pavés Luisent comme des os et des moignons Obstinément lavés ; Et les ancres des vieux pignons Se souillent De pleurs de fer, de pleurs de rouille ; Et lassé d’être un peu du temps, Leur millésime est là, qui pend ; Quand tout à coup, un auvent claque, Et l’eau recommence très longuement À choir, Jusques au soir,
Parmi les flaques.
Dans les recoins et les retraits Des impasses et des ruelles, La pluie À tout jamais
Semble chez elle.