Versos French Emile Verhaeren Les Soirs d’été

French poem

Les Soirs d’été

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Lorsque rentrent des alentours, Tels soirs d’été, les attelages, Les vieilles gens des vieux villages Se rassemblent aux carrefours.

Les plus anciens semblent descendre Du calvaire de leurs cent ans : Leurs petits yeux sont clignotants Dans leur face, couleur de cendre.

Ils sont à bout de tant marcher ; Ils radotent, sourient et pleurent, Puis se taisent, écoutant l’heure Casser le temps, à leur clocher.

Les aïeules se sont assises Sur les roses d’un coussinet : Les deux brides de leur bonnet Tombent d’aplomb sur leurs mains grises.

Les veilleuses du souvenir Brûlent au fond de leurs mémoires, Leur menton mâche des histoires Longues à ne jamais finir.

La plus jeune passe à la ronde Quelques lambeaux d’un almanach ; Entre deux prises de tabac On discute la fin du monde.

On reparle de morts fauchés Depuis quels temps ! — Dieu s’en souvienne : « C’était quand l’école gardienne S’ouvrait encor, au vieux marché. »

On dit ses deuils et ses misères ; On se chamaille et c’est à qui Traîne le plus dolent ennui Vers les plus noirs anniversaires.

Tous sont jaloux de leurs douleurs : Défunt leur fils, morte leur fille ; Les bœufs, qui sont de la famille, Captés, un soir, par des voleurs.

Et tous les maux que l’on endure Sans qu’on aille crier merci ! Sève épuisée et sang moisi Sous la chair flasque et la peau dure.

Ainsi causent les vieilles gens, Les soirs d’été, dans les villages ; Sur le chemin, les attelages Fleurent, au loin, comme un encens.

Et jour à jour les temps s’écartent ; Du lundi soir au samedi, On ressasse ce qu’on s’est dit ; Mais, le dimanche, on joue aux cartes.