Versos French Emile Verhaeren Soir d’automne

French poem

Soir d’automne

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Des nuages, couleur de marbre, Volent, à travers le ciel fou ; « Eh la lune, garde à vous ! » L’espace meugle et se déchire. Sous l’écorce, par leurs fentes, On écoute pleurer et rire Les arbres.

« Eh la lune, garde à vous ! » Votre face de cristal blanc Va choir morte, parmi l’étang, Cassée aux angles des vaguettes, Les troncs plient comme des baguettes, L’ouragan pille aux cabanes cognées Le chaume immense, par poignées.

C’est les noces du vent et de l’automne. « Eh la lune, garde à vous ! » Le vent est ce cavalier lourd Qui s’est soûlé, ce soir, et fait l’amour À tous les coins des carrefours Avec la rouge et violente automne.

« Eh la lune, garde à vous ! » Votre allure de sainte Vierge Et vos étoiles et vos cierges N’ont rien à faire en cette heure de fête, Où l’automne et le vent perdent la tête, Où l’on entend leurs cris et leurs spasmes de bruit. Immensément la nuit, Et les forêts ployer et s’agiter soudain Comme des dos, à coups de reins.

Par les fourrés, les chiens maraudent, Une odeur lourde et chaude Grise la plaine et redresse debout Le rut universel qui monte et s’enfle et bout Dans les fureurs de la nature en rage ; Avec l’automne ivre et sauvage De l’Est à l’Ouest, du Sud au Nord, Le vent houleux s’accouple à mort. « Eh la lune garde à vous ! » Les chiens hurlent comme des loups !