Versos French Emile Verhaeren Un Soir

French poem

Un Soir

by

Listen in the reader

Avec les doigts de ma torture Gratteurs de mauvaise écriture, Maniaque inspecteur de maux, J'écris encordes mots, des mots....

Quant à mon âme, elle est partie.

Morosement et pour extraire L'arrière-faix de ma colère, Aigu d'orgueil, crispé d'effort, Je râcle en vain mon cerveau mort.

Quant à mon âme, elle est partie.

Je voudrais me cracher moi-même, La lèvre en sang, la face blême: L'ivrogne de son propre moi S'éructerait en un renvoi.

Quant à mon âme, elle est partie.

Homme las de rage, qui l'âge D'être lassé de son orage, La vie en lui ne se prouvait Que par l'horreur qu'il en avait.

Quant à mon âme, elle est partie.

Mes poings ont tordu dans le livre L'intordable fièvre de vivre; Ils ne l'ont point tordue assez Bien que mes poings en soient cassés.

Quant à mon âme, elle est partie.

Le han du soir suprême, écoute! S'entend là-bas sur la grand'route; Clos tes volets--c'est bien fini Le mors-aux-dents vers l'infini.

(1888)