French poem
Un Soir
Avec les doigts de ma torture Gratteurs de mauvaise écriture, Maniaque inspecteur de maux, J'écris encordes mots, des mots....
Quant à mon âme, elle est partie.
Morosement et pour extraire L'arrière-faix de ma colère, Aigu d'orgueil, crispé d'effort, Je râcle en vain mon cerveau mort.
Quant à mon âme, elle est partie.
Je voudrais me cracher moi-même, La lèvre en sang, la face blême: L'ivrogne de son propre moi S'éructerait en un renvoi.
Quant à mon âme, elle est partie.
Homme las de rage, qui l'âge D'être lassé de son orage, La vie en lui ne se prouvait Que par l'horreur qu'il en avait.
Quant à mon âme, elle est partie.
Mes poings ont tordu dans le livre L'intordable fièvre de vivre; Ils ne l'ont point tordue assez Bien que mes poings en soient cassés.
Quant à mon âme, elle est partie.
Le han du soir suprême, écoute! S'entend là-bas sur la grand'route; Clos tes volets--c'est bien fini Le mors-aux-dents vers l'infini.
(1888)