French poem
Mes sœurs mélancoliques
by Émilienne d’Alençon (1870–1945)
Comme je vous comprends, mes sœurs mélancoliques Et comme je vous aime en vous voyant pleurer, Vous dont, le cœur se brise au souffle des musiques Et pour qui tous les vents sont chargés de secrets.
Je vois Celle qui rêve au bord de la fenêtre Celle qui se détourne et qui mord son mouchoir, Celle qui dit « qui sait ? » celle qui dit « peut-être ? » Celle qui ne dit rien et regarde le soir.
Je vois la délaissée et ses tresses défaites Sa robe qu’une main chère n’ouvrira plus Et tous les baisers morts sur sa lèvre muette Et les baisers vivants, désormais superflus.
Je vois tous les chagrins qui traînent par la ville, Les désespoirs assis le long des boulevards. J’entends tous les sanglots des longues nuits stériles Les sanglots étouffés dans les chambres épars.
Je souffre de l’attente et je souffre du doute Je m’agenouille aussi, je verse tous les pleurs. Vos peines, ô mes sœurs, je les éprouve toutes, Vos chagrins mille fois m’ont traversé le cœur.
J’ai retrempé ma chair et retrempé mon âme Au fleuve de douleur qui nous baigne toujours Au feu vivifiant qui vous consume, ô femmes, Ô mes sœurs qui portez le fardeau de l’amour !