Versos French Étienne Eggis Une belle vie

French poem

Une belle vie

by (1830–1867)

Listen in the reader

Voyager ! voyager ! Sur un sol étranger À travers le danger Promener, libre et seul, sa vie aventureuse ; Près des vieux matelots, Écouter les grands flots À côté des îlots Chanter pendant la nuit sous la lune amoureuse.

Au fond d’une forêt Dans un vallon secret S’arrêter où serait Une source limpide et de gazons bordée, Puis, reprendre son sac, Et rejoindre le bac Qui traverse le lac En suivant vaguement le doux vol d’une idée.

Voyager ! voyager ! Dans les bois s’engager Sans savoir où manger, Errer toujours à pied et fuir les grandes routes, Avec vingt ans au cœur, Dans les reins la vigueur, Et sans vaine langueur, Traverser les forêts qui se courbent en voûtes. II Dans les champs sans clôture, À travers la nature, Errer à l’aventure Du village aux ravins, des forêts aux hameaux, Soit qu’il vente ou qu’il pleuve Boire la brise neuve Qui monte d’un grand fleuve Sous les saules pleureurs qui perdent leurs rameaux.

Dans les vierges savanes Avec les caravanes De la Grèce aux Havanes, De Venise à Moscou, de Lisbonne à Canton, Des grèves nuageuses Aux montagnes neigeuses Dans ses mains voyageuses Promener sans repos sa lyre et son bâton. III Errer, errer toujours, Dans de nouveaux séjours, Promener ses beaux jours, Voir enfin tous les cieux qui couvrent notre globe, Aux marges du glacier Où l’orage s’assied, Poser son front d’acier, Écouter les torrents que l’abîme dérobe ;

Sous le ciel vaste et bleu Vivre seul avec Dieu, Et des volcans en feu Passer dans les gazons qui dorment près des sources, Sous les cieux entr’ouverts Aux calmes des champs verts Chercher quelques beaux vers Sur sa harpe brunie en de lointaines courses ; En laissant son cœur veuf Des appétits du bœuf, Pour un ciel toujours neuf Fuir les vieilles cités où se meurt la palombe, — Lorsqu’à bout de désir L’homme, las de souffrir, S’arrête pour mourir, Pour couche n’a-t-il pas le lit frais de la tombe ?