Versos French Eugène Hugo Le Déluge

French poem

Le Déluge

by (1819–1904)

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Enfin les fils d’Adam par leur impiété, Ont lassé du Très Haut la facile bonté Sa malédiction va tomber sur terre : Rien ne peut désormais arrêter son tonnerre.

« Périssez donc, dit-il, ingrats, que mes bienfaits Enhardissent toujours à de nouveaux forfaits ! vous avez abusé de mon trop de clémence : éprouvez, maintenant, ma terrible vengeance ! Vous, que j’avais créés pour appeler l’Univers rentrez dans le néant ! je vous maudis, pervers ! »

L’Eternel a parlé : sa voix majestueuse Tonne et répand partout une crainte pieuse.

Les archanges saisis d’une sainte frayeur, De leurs divines voix ont suspendu le chœur Tout se tait dans le ciel : et la foudre bruyante retentit seule au loin sous la voûte tremblante.

Heureux ceux dont le cœur est pur et sans remords ! Dieu les voit, et bénit leurs louables efforts Car si son immuable et sévère justice Sait poursuivre le crime et châtier le vice : Sa bonté veille aussi sur le mortel pieux qui, soumis à sa loi, se montre vertueux.

Au sein de cette race impie et sanguinaire, Que ses crimes rendaient importune à la terre, Il existait encor un homme dont le cœur méprisait les attraits d’un monde corrupteur, et gui n’ayant d’espoir que dans la Providence Seul avec ses enfants vivait dans l’innocence.

Longtemps par ses discours ayant en vain tenté de ramener au bien l’humaine impiété : Des mortel endurcis pleurant l’ingratitude, il s’était relire dans une solitude où goûtant les douceurs d’un tranquille repos il jouissait en paix des bienfaits du Très-Haut heureux de voir ses fils vertueux et sincères donner un libre hommage au culte de leur pères.

Du haut de sa grandeur, le souverain des cieux sur le juste Noé laissa tomber les yeux : et Noé fut sauvé : la prudence éternelle le choisit pour auteur d’une race nouvelle voulant qu’épouvanté du triste châtiment qui punit les mortels de leur aveuglement, l’homme né de Noé, le prenant pour modèle à son Dieu désormais se montrât plus fidèle.

Ainsi l’humble reçoit le prix de sa vertu ; et le méchant superbe à ses pieds abattu Sous les traits redoublés de la sainte vengeance. voit briser son orgueil et tomber sa puissance. Cependant est porté l’irrévocable arrêt Punissant justement, punissant à regret, Le roi de l’univers de ce terrible orage suspend encor les coups pour sauver son ouvrage.

C’est alors que l’on vit ces prodiges fameux Que les fastes des temps déroulent à nos yeux : L’ordre du Tout-Puissant transmis au Patriarche les longs et fortunés travaux de la grande arche De ce vaste vaisseau dont le phare protecteur devait sauver l’espoir d’un peuple agriculteur où pour perpétuer la race salutaire de taus les animaux utiles à la terre Noé les renferma sous d’immenses parvis deux seuls de chaque espèce accouplés et choisis.

En vain, pendant le temps qu’il mit à la construire par un dernier effort, il tenta de détruire le rempart qu’élevait le vice entre ton cœur et le cœur corrompu des mortel sans pudeur en vain il s’efforça de dessiller leur vue la foudre, disait-il, gronde encor dans la nue ; l’abîme est sous vos pas, il va vous engloutir. Mortels, écoutez-moi, laissez-vous convertir ! D’un Dieu juste il élément fléchissez la colère ! Mais tout fut sans effet : ni larmes, ni prière, rien ne les put toucher : une sombre terreur de leur audace impie augmentait la fureur : reniant l’Eternel, malgré tous leurs blasphèmes ils t’irritaient, encor de le craindre en eux-mêmes Tant il est difficile au faible cœur humain d’embrasser la vertu, de chérir son chemin, ou de pouvoir jamais revenir en arrière quand du vice il choisit la fatale carrière.

Tels l’on voit de fougueux et superbes coursiers. dédaignant la lenteur des pénibles sentiers trompés par la douceur d’une pente rapide, s’élancer, être sourds à la voix qui les guide, ils entraînent le char : ils courent sans effort ; hélas ! les malheureux ! ils courent à la mort ! un abîme est au bout ; en sa folie extrême tel est l’homme, il se plaît à s’aveugler soi-même ; ce n’est qu’en périssant qu’il connaît son erreur et qu’un tardif remords vient déchirer son cœur.

Eugène Hugo.