Versos French Eugène Pottier Jules Vallès

French poem

Jules Vallès

by (1816–1887)

Listen in the reader

Paris vient de lui dire : Adieu ! Le Paris des grandes journées, Avec la parole de feu Qui sort des foules spontanées. Et cent mille hommes réveillés Accompagnent au cimetière Le candidat de la misère, Le député des fusillés.

D’idéal n’ayant pas changé, La masse qui se retrouve une, Fait la conduite à l’Insurgé, Aux cris de : vive la Commune ! Les drapeaux rouges déployés Font un triomphe populaire Au candidat de la misère, Au député des fusillés.

Car vous aimez les tâcherons De l’idée et ceux qui la sèment, Vous les blouses, les bourgerons, Vous aimez les vrais qui vous aiment. Dans votre geôle, verrouillés, Vous receviez espoir, lumière, Du candidat de la misère, Du député des fusillés.

Votre député le voici, Fronts ouverts par les mitrailleuses, Fédérés hachés sans merci, Ambulancières pétroleuses. Voici, vaincus, foulés aux pieds, Voici, Varlin, Duval, Millière, Le candidat de la misère, Le député des fusillés.

Et vous les petits cœurs brisés, À Vingtras formez un cortège, Venez, vous, les martyrisés De la famille et du collège ! Jusqu’au sang il les a fouaillés Vos tyrans : le cuistre et le père, Ce candidat de la misère, Ce député des fusillés.

Creusant à vif, palpant à nu, Ce robuste en littérature S’est assis sur le convenu Et pour calque a pris la nature. Sanglots navrants, rires mouillés, Il vécut tout : joie et colère, Ce candidat de la misère, Ce député des fusillés.

Malgré Bismarck et ses valets, L’Internationale existe Et l’Allemagne offre à Vallès Sa couronne socialiste. À vous, bourgeois entripaillés, À vous seuls il faisait la guerre, Le candidat de la misère, Le député des fusillés.

Il vient le jour de l’action, Où la féroce Bourgeoisie Entendra, Révolution, Crépiter ton vaste incendie ; Allumé par vous, dépouillés, Qu’il soit le bûcher funéraire Du candidat de la misère, Du député des fusillés.

Paris, février 1885.