French poem
A un Ami Trahi par Sa Maîtresse
by Évariste de Parny (1753–1814)
Quoi, Tu gémis d'une inconstance; Tu pleures, nouveau Céladon? Ah! le trouble de ta raison Fait honte à ton expérience. Es-tu donc assez imprudent Pour vouloir fixer une femme? Trop simple et trop crédule Amant, Quelle erreur aveugle ton ame? Tu fixerois plus aisément Le soufle du Zéphyr volage, Les flots agités par l'orage, Et l'or ondoyant des moissons, Quand les rapides aquilons, Glissant du sommet des montagnes Sur les richesses des vallons, Siflent en rasant les campagnes.
Elle t'aimoit de bonne foi, Mais pouvoit-elle aimer sans cesse? Un rival obtient sa tendresse; Un autre l'avoit avant toi; Et dès demain, je le parie, Un troisième plus insensé Remplacera dans sa folie L'imprudent qui t'a remplacé.
Il faut dans les jeux de Cythère A fripon, fripon et demi. Trahis pour n'être point trahi; Préviens même la plus légère; Que ta tendresse passagère S'arrête où commence l'ennui; Donne tes sens, retiens ton ame. Tout s'use, tout finit un jour; L'amour doit finir à son tour, Et sur-tout un amour de femme.