French poem
Le Paysan et la Rivière
by Florian
Je veux me corriger, je veux changer de vie, Me disait un ami: dans des liens honteux Mon ame s'est trop avilie; J'ai cherché le plaisir, guidé par la folie, Et mon coeur n'a trouvé que le remords affreux. C'en est fait, je renonce à l'indigne maîtresse Que j'adorai toujours sans jamais l'estimer; Tu connais pour le jeu ma coupable faiblesse, Eh bien! je vais la réprimer; Je vais me retirer du monde; Et, calme désormais, libre de tous soucis, Dans une retraite profonde, Vivre pour la sagesse et pour mes seuls amis. Que de fois vous l'avez promis! Toujours en vain, lui répondis-je. Çà, quand commencez-vous?—Dans huit jours, sûrement. —Pourquoi pas aujourd'hui? Ce long retard m'afflige. —Oh! je ne puis dans un moment Briser une si forte chaîne: Il me faut un prétexte; il viendra, j'en réponds. Causant ainsi, nous arrivons Jusque sur les bords de la Seine; Et j'apperçois un paysan Assis sur une large pierre, Regardant l'eau couler d'un air impatient. —L'ami, que fais-tu là?—Monsieur, pour une affaire Au village prochain je suis contraint d'aller: Je ne vois point de pont pour passer la rivière, Et j'attends que cette eau cesse enfin de couler.
Mon ami, vous voilà, cet homme est votre image; Vous perdez en projets les plus beaux de vos jours: Si vous voulez passer, jetez-vous à la nage; Car cette eau coulera toujours.