French poem
Les deux Chats
by Florian
Deux chats qui descendaient du fameux Rodilard, Et dignes tous les deux de leur noble origine, Différaient d'embonpoint: l'un était gras à lard, C'était l'aîné; sous son hermine D'un chanoine il avait la mine, Tant il était dodu, potelé, frais et beau: Le cadet n'avait que la peau Collée à sa tranchante échine. Cependant ce cadet, du matin jusqu'au soir, De la cave à la gouttière Trottait, courait, il fallait voir! Sans en faire meilleure chère. Enfin, un jour, au désespoir, Il tint ce discours à son frère: Explique-moi par quel moyen, Passant ta vie à ne rien faire, Moi travaillant toujours, on te nourrit si bien, Et moi si mal. La chose est claire, Lui répondit l'aîné: tu cours tout le logis Pour manger rarement quelque maigre souris... —N'est-ce pas mon devoir?—D'accord, cela peut être: Mais moi je reste auprès du maître, Je sais l'amuser par mes tours. Admis à ses repas sans qu'il me réprimande, Je prends de bons morceaux, et puis je les demande En faisant patte de velours; Tandis que toi, pauvre imbécille, Tu ne sais rien que le servir, Va, le secret de réussir, C'est d'être adroit, non d'être utile.