French poem
Le Veau Et La Salade
by Franc-Nohain (1872–1934)
En l’honneur des vrais principes démocratiques, Des gens sont réunis qui, pour un prix modique, S’apprêtent à manger le veau et la salade Jusques à s’en rendre malades: --Crevons s’il faut en crever, camarades, Mais Vive la République!--
Le veau, contre son habitude, Donne des signes d’inquiétude, Que le président du banquet Ne tarde pas à remarquer, Et il l’invite à s’expliquer;-- D’un geste, Le veau s’excuse; il n’est pas orateur; --(Parlez! parlez!)--Messieurs, j’ai tenu à honneur D’apporter aujourd’hui mon contingent modeste A cette fête des travailleurs: La salade fera le reste;
Mais, c’est ici que je proteste: Avons-nous donc, messieurs, fait si peu de chemin Que nous soyons encor caudataires du pape? Les cléricaux doivent rire sous cape: Avec moi, de moitié, admettre en vos agapes Une barbe-de-capucin!--
Ces mots ont fait, dans l’assistance, Courir un long frémissement, Dont le président un moment, Vainement, Veut atténuer l’importance, --A l’incident, dit-il, donnons sa juste suite; Non, tu n’es plus, salade que voilà, Barbe-de-capucin; messieurs, baptisons-la: C’est de la
Vieille-barbe-de-quarante-huit.--