Versos French Franc-Nohain Les Huitres

French poem

Les Huitres

by (1872–1934)

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Grâce au hasard béni des villégiatures, Je viens d’élucider enfin ce point obscur, Par qui fut mon esprit longtemps à la torture: Les huîtres, compagnes fidèles Des débauches et des festins, --Ohé! ohé! les soupers fins Avec des demoiselles!-- Dès l’approche des hirondelles, Les huîtres, compagnes fidèles, Nous ont quittés: où s’en vont-elles?

--Les montagnes, la Suisse, ont pour nous peu d’attrait,-- Voulut bien s’en ouvrir à moi, de fort bon gré, L’huître que le hasard m’avait fait rencontrer Dans les environs de Pourville: --Quand nous fuyons la grande ville, C’est toujours au bord de la mer Que nous allons nous mettre au vert:

Ah! la mer, la mer!... On pourrait Rester devant elle, immobile. Des heures, sans penser, sans nul rêve futile, Et l’on ne s’ennuierait jamais...

Puis nous avons là presque toute notre famille.

--Est-ce que vous prenez des bains? --Non, cela nous énerve trop. --Et vous allez au casino? --Oh! Vous voulez rire, c’est certain; Nous ne voyons personne et vivons en recluses, Ce qu’il nous faut, C’est du repos: Nous en avons assez, et trop, Des endroits de plaisir, du monde où l’on s’amuse; Nous arrivons ici l’esprit, le corps fourbus, L’estomac délabré, enfin n’en pouvant plus, Résultat naturel d’excès de toutes sortes: Car A quel rendez-vous de fêtards Ne nous vit-on, pendant l’hiver, battant le quart, Toute la nuit, devant la porte? Vous comprenez, nous payons ça plus tard. Ah! ce satané boulevard!

C’est pourquoi, dès mai, nous partons, Devançant d’un mois la saison, Sans quoi nous ne pourrions tenir; N’empêche qu’aussitôt d’aplomb, On n’en a pas plus de raison, On ne songe qu’à revenir.

Croiriez-vous que la nostalgie Commence à s’emparer de nous? Lorsqu’arrive la fin d’août, Nous repartons, pas assagies, Prêtes à recommencer l’orgie!...--

--A tant de hâte, dis-je, d’un ton léger, Peut-être cet espoir n’est-il pas étranger, De retrouver la gentille écaillère Brune avec un foulard noué dans les cheveux, Qui saura vous ouvrir de si dextre manière?--

L’huître murmure:--Ouvrir...--elle ferme les yeux, Un long frémissement nerveux Voluptueusement a secoué son être; Puis, sans plus rien laisser paraître, Elle reprend d’un ton plus doux: --Parlons d’autre chose, voulez-vous?...--