French poem
Flux et Reflux
by François Coppée (1842–1908)
I
La nuit tombe et la mer descend. Ma chère âme, allons sur la grève, Auprès du flot retentissant !
Le doute m’assaille sans trêve. M’aimes-tu vraiment ? J’ai rêvé Que ta tendresse serait brève.
Écoute le râle étouffé Du flot lointain ! L’Angelus tinte Tristement son dernier Ave.
Mon âme est par l’angoisse atteinte ; Je tiens, comme pour un départ, Ta main, froide malgré l’étreinte.
La falaise est dans le brouillard ; Le vent humide nous pénètre. Entends ce goëland criard !
Pour bien d’autres ton cœur fut traître ; Ton passé n’est point innocent. Tu vas m’abandonner peut-être !
La nuit tombe et la mer descend.
II
Le jour grandit et la mer monte, Allons courir sur les galets ! Comme le ciel est pur ! Sois prompte.
Plus d’un bateau plein de filets S’en va, le long du quai qu’il frôle, Vers les horizons violets.
Serre-toi contre mon épaule, Et, le cœur joyeux, allons voir La vague écumer sur le môle !
Que j’étais injuste, hier soir ! Je doutais de toi, ma chère âme ! Ce bleu matin me rend l’espoir.
Ton passé cruel, pauvre femme, Nos larmes d’amour l’ont lavé, Comme est ce rocher par la lame.
Vois ! le bon soleil est levé. Aimons-nous sans crainte et sans honte. Notre bonheur est retrouvé !
Le jour grandit et la mer monte.