Versos French François Coppée Le Magyar

French poem

Le Magyar

by (1842–1908)

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Istvan Benko, magnat de la steppe hongroise, Le même qui portait au pouce une turquoise Qui pâlissait, dit-on, quand le Turc arrivait, Prodigua follement tout le bien qu’il avait. Ce seigneur fut vraiment magnifique ; et l’on conte Que, dans un bal champêtre, un jour, le riche comte Vint, parmi ses vassaux, en superbes habits, Couvert de diamants, de saphirs, de rubis Et de lourds sequins d’or, qu’il avait, par caprice, Mal attachés exprès au drap de sa pelisse, Afin que, tout le temps qu’il serait à danser, Ils tombassent par terre et qu’on pût ramasser. Certes, les pauvres gens ne s’en firent pas faute. Mais, quand ce fut fini, leur noble et puissant hôte Alla droit vers un vieux qui, resté dans son coin, S’était croisé les bras en regardant de loin, Vrai Magyar, en manteau de laine aux larges manches, En talpack noir, et dont les deux moustaches blanches Tombaient sévèrement sous un nez de vautour.

« Je voudrais te donner quelque chose à ton tour, Père, lui dit le comte Istvan avec malice ; Mais je n’ai plus un seul sequin sur ma pelisse. Dis-moi : Pourquoi n’as-tu voulu rien ramasser ? »

Le vieillard répondit : « Il fallait se baisser. »