Versos French François de Malherbe Pour la Vicomtesse d’Auchy

French poem

Pour la Vicomtesse d’Auchy

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Laisse-moy, raison importune, Cesse d’affliger mon repos En me faisant mal à propos Desesperer de ma fortune ; Tu perds temps de me secourir, Puis que je ne veux point guerir.

Si l’Amour, en tout son empire, Au jugement des beaux esprits, N’a rien qui ne quitte le pris A celle pour qui je souspire, D’où vient que tu me veux ravir L’aise que j’ay de la servir ?

A quelles roses ne fait honte De son teint la vive fraischeur ? Quelle neige a tant de blancheur Que sa gorge ne la surmonte ? Et quelle flamme luit aux cieux Claire et nette comme ses yeux ?

Soit que de ses douces merveilles Sa parole enchante les sens, Soit que sa voix de ses accens Frappe les coeurs par les oreilles, A qui ne fait-elle advoüer Qu’on ne la peut assez loüer ?

Tout ce que d’elle on me peut dire, C’est que son trop chaste penser, Ingrat à me recompenser, Se mocquera de mon martyre : Supplice qui jamais ne faut Aux desirs qui volent trop haut.

Je l’accorde, il est veritable : Je devois bien moins desirer ; Mais mon humeur est d’aspirer Où la gloire est indubitable. Les dangers me sont des appas : Un bien sans mal ne me plaist pas.

Je me rends donc sans resistance A la mercy d’elle et du sort : Aussi bien par la seule mort Se doit faire la penitence D’avoir osé deliberer Si je la devois adorer.