French poem
Adieu
by François Fabié (1846–1928)
Adieu !… C’est le mot qui délie Et c’est aussi le mot qui rompt ; Il est cruel, terrible et prompt, Ou trempé de mélancolie.
Adieu !… Que ce soit dans les pleurs Ou dans quelque pâle sourire, À chaque pas il faut le dire, Ce petit mot gros de douleurs…
L’enfant comme un pinson gazouille. Le père part : « Mignon, adieu ! » Et, sans savoir pourquoi, l’œil bleu Du bambin se trouble et se mouille.
Il a dix ans… « Vite, au chef-lieu, Dit le père, vite à l’école ! » La pauvre mère se désole : « Travaille bien, mon fils. Adieu ! »
On a seize ans ; une cousine Vous a mis l’âme tout en feu : Elle en épouse un autre ! Adieu ! Et la douleur vous assassine…
Vingt ans… Soldat ! Guerre, morbleu ! L’odeur de la poudre vous grise ; Et cependant le cœur se brise Lorsque au village on dit adieu.
On se marie, on devient père. Dans son petit lit rose ou bleu Le nouveau-né se meurt… Adieu ! Et l’on crie et l’on désespère…
Puis votre mère va vers Dieu ; Douce et grave comme une sainte, De sa chère voix presque éteinte Que vous dit-elle encore ? — Adieu !
Votre père, que l’âge dompte, Ira la rejoindre sous peu : Encore un déchirant adieu… Bientôt vous en perdrez le compte.
Vos amis meurent en tout lieu, Et chaque jour il vous arrive Quelque lamentable missive : Un tel est mort : nouvel adieu !…
Pourtant il vous restait encore Une enfant — un coin de ciel bleu. Votre couchant est un adieu, Mais sa jeunesse est une aurore.
Or un mal sourd à petit feu A consumé l’enfant superbe ; Toute votre race est sous l’herbe ; Et c’est l’irréparable adieu…