French poem
À la Bresse !
by Gabriel Vicaire (1848–1900)
O mon petit pays de Bresse si modeste ! Je t’aime d’un cœur franc ; j’aime ce qui te reste De l’esprit des aïeux et des mœurs d’autrefois ; J’aime les sons traînants de ton langage antique, Et ton courage simple, et cette âme rustique Qu’on sent frémir encore au fond de tes grands bois.
J’aime tes hommes forts et doux, tes belles filles, Tes dimanches en fête avec leurs jeux de quilles Et leurs ménétriers assis sur un tonneau, Tes carrés de blé d’or qu’une haie environne, Tes vignes en hautins que jaunira l’automne, Tes villages qu’on voit se regarder dans l’eau.
Tu n’as pas, il est vrai, ces allures hautaines Qui frappent le vulgaire, et tes claires fontaines Ne disent rien au cœur des foules, Dieu merci. Sur la harpe ou la lyre on t’a peu célébrée, Mais, telle que voilà, pauvre, simple, ignorée, Sans atours ni façons tu me plais mieux ainsi.
Pardonne, vieille mère à la face chenue, Si dans tes yeux si doux lisant ma bienvenue Et tout émerveillé du bruit de tes échos, Rimeur improvisé, fol oiseau de passage, Pour te ragaillardir, j’ai mis à ton corsage Ce bouquet de bluets et de coquelicots.