Versos French Georges Rodenbach Soir

French poem

Soir

by

Listen in the reader

Ô calme de l’ombre indistincte ! Ô silence du logis clos ! Le carillon du beffroi tinte, Et ses sons semblent les halos Du cadran qui, sur la tour, hante Comme un clair de lune qui chante !

La bûche brûle, opiniâtre : Elle s’enflamme, chaque fois Que le vent noir souffle sur l’âtre Avec un bruit presque de voix ; Ô le vent dans la cheminée ! La chambre est toute enluminée…

On songe à des choses finies, À tout ce qu’on avait rêvé, Processions sans litanies, Maison où rien n’est arrivé, Tout le passé dont on est vieux ! Ô les lampes comme des yeux…

Les pâles lampes nous regardent, Regards de ceux qui ne sont plus ; Et les miroirs un peu nous gardent Les visages irrésolus De tant de morts que nous aimâmes ; Ce soir, le vent porte leurs âmes.

Souvenance ! Morne veillée ! Pourquoi tant d’essais de bonheur ? Toute vie est dépareillée… La bûche, comme un Sacré-Cœur, Dans la cendre saigne en silence ; Le vent la perce de sa Lance.

La chambre est triste à cause d’elle, Triste à cause de nous aussi ; Sa peine à la nôtre se mêle, Et tout s’en va dans l’air transi Finir en un peu de fumée Par qui la chambre est résumée.