Versos French Georges Rodenbach X

French poem

X

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Tel soir fané, telle heure éphémère suscite Aux miroirs de mon Ame un souvenir de site; Sites recomposés, qu’on eût dit oubliés: D’un canal mort avec deux rangs de peupliers Dont les feuilles vont se cherchant comme des lèvres; Et d’une âpre colline où de bêlantes chèvres, Dont le cri se déchire aux épines aussi, S’appellent l’une l’autre, et d’un air si transi! Décor surtout des quais dormants en enfilade, Pignons, rampes de bois par-dessus l’eau malade Où chaque feu miré se délaye en halo, Fragile et fugitif maquillage de l’eau Qui, sous un heurt de vent, tout à coup s’évapore Et fait que l’eau se mue en sommeil incolore!

Sites instantanés, comme à peine rêvés, En contours immortels je les ai conservés Et je les porte en moi, depuis combien d’années! Seul un ciel identique, aux pâleurs surannées, Triste comme celui qui me les faisait voir, Les a ressuscités de moi-même ce soir; Et c’est ainsi toujours qu’au hasard des nuages Revivent dans mon cœur de souffrants paysages!