French poem
Dangereuse
Vous dangereuse ? mais sans doute ! Très dangereuse, c’est certain ; Comme la peur que l’on écoute, Comme le bois près de la route Vers les six heures du matin ;
Comme l’éloquence imagée, Comme un titre sur parchemin, Comme le vin et la dragée, Ou comme l’arme trop chargée Qui vous éclate dans la main ;
Car toute femme est dangereuse, Très dangereuse et c’est charmant, Comme la mer… que le vent creuse ; Comme la fillette de Greuze, Qui ne s’en doute aucunement ;
Comme la petite Ingénue Quand la cruche… va se casser, Comme une veuve toute nue, Comme une femme dans la rue, Une femme qu’on voit passer ;
Oui, toute femme est dangereuse, Soit qu’elle allaite ses enfants Avec sa mamelle amoureuse, Soit qu’elle ait la cruche de Greuze A ses petits doigts triomphants ;
Qu’elle soit grave ou qu’elle joue, Plus à craindre encor que le feu, Que l’aviron ou que la roue, Que le commandement : en joue ! Que le cri : commencez le feu !
Dangereuse comme la plume, La plume au vent, et l’eau qui dort, Et l’obus… un obus qui fume ; Comme la guerre qu’elle allume, Elle peut amener la mort.
Si vous êtes la plus aimée, Ne seriez-vous point ici-bas Plus dangereuse… qu’une armée Victorieuse et parfumée Des lauriers de trois cents combats ?
Vous êtes la plus redoutable, Moi, c’est pour cela que je veux… C’est pour ta grâce… épouvantable Qui ferait à la Sainte Table Tous les saints se prendre aux cheveux.
Oui, vous êtes la plus à craindre, Car votre lit est le plus doux, C’est pour ça que j’aime à T’étreindre, Toi qu’un Homère pourrait peindre Avec du sang jusqu’aux genoux !