Versos French Guillaume Amfrye de Chaulieu Sur la mort, conformément aux principes du Déisme

French poem

Sur la mort, conformément aux principes du Déisme

by (1639–1720)

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Plus j’approche du terme, et moins je le redoute ; Sur des principes sûrs mon esprit affermi, Content, persuadé, ne connoît plus le doute: Je ne suis libertin ni dévot à demi.

Exempt de préjugés, j’affronte l’imposture Des vaines superstitions, Et me ris des préventions De ces foibles esprits dont la triste censure Fait un crime à la créature De l’usage des biens que lui fit son auteur, Et dont la pieuse fureur Ose traiter de chose impure Le remède que la nature Offre à l’ardeur des passions, Quand d’une amoureuse piquure Nous sentons les émotions.

D’un Dieu maître de tout j’adore la puissance ; La foudre est en sa main ; la terre est à ses pieds : Les éléments humiliés M’annoncent sa grandeur et sa magnificence. Mer vaste, vous fuyez ! Et toi, Jourdain, pourquoi dans tes grottes profondes, Retournant sur tes pas, vas-tu cacher tes ondes? Tu frémis à l’aspect, tu fuis devant les yeux D’un Dieu qui sous ses pas fait abaisser les cieux !

Mais, s’il est aux mortels un maître redoutable Est-il pour ses enfants de père plus aimable? C’est lui qui, se cachant sous cent noms différents, S’insinuant partout, anime la nature, Et dont la bonté sans mesure Fait un cercle de biens de la course des ans ; Lui, de qui la féconde haleine Sous le nom des zéphyrs rappelle le printemps, Ressuscite les fleurs, et dans nos bois ramène Le ramage et l’amour de cent oiseaux divers Qui de chantres nouveaux repeuplent l’univers. De Mercure tantôt empruntant le symbole, Il dicte en ses instructions L’art d’entraîner les nations Par le charme de la parole.

Sous le nom d’Apollon il enseigne les arts ; Pour assurer nos biens et défendre nos villes, Il emprunte celui de Bellone et de Mars ; Et pour rendre nos champs fertiles Et faire jaunir les guérets, Il se sert des présents et du nom de Cérès.

Après tant de bienfaits, quoi ! j’aurai l’insolence, Dans une mer d’erreurs plongé dès mon enfance Par l’imbécile amas de femmes, de dévots, À cet être parfait d’imputer mes défauts ; D’en faire un dieu cruel, vindicatif, colère, Capable de fureur, et même sanguinaire ; Changeant de volonté; réprouvant aujourd’hui Ce peuple qui jadis seul par lui fut chéri ! Je forme de cet être une plus noble idée ; Sur le front du soleil lui-même il l’a gravée. Immense, tout-puissant, équitable, éternel, Maître de tout, a-t-il besoin de mon autel ? S’il est juste, faut-il, pour le rendre propice, Que j’aille teindre les ruisseaux, Dans l’offrande d’un sacrifice, Du sang innocent des taureaux ?

Dans le fond de mon cœur je lui bâtis un temple ; Prosterné devant lui, j’adore sa bonté, Et ne vas point suivre l’exemple Des mortels insensés de qui la vanité Croit rendre assez d’honneurs à la divinité Dans ces grands monuments de leur magnificence, Témoins de leur extravagance Bien plus que de leur piété.

Un esprit constant d’équité Bannit loin de moi l’injustice ; Et jamais ma noire malice N’a fait pâlir la vérité,

Ou par quelque indigne artifice Rompu les doux liens de la société.

Ainsi je ne crains point qu’un Dieu dans sa colère Me demande les biens ou le sang de mon frère, Me reproche la veuve ou l’orphelin pillé, Le pauvre par ma main de son champ dépouillé, Le viol du dépôt, ou l’amitié trahie, Ou par quelques forfaits la fortune envahie.

Ainsi, dans ce moment qui finira mes jours, Qu’il faudra te quitter, la Fare, et mes amours, Mon âme n’ira point, flottante, épouvantée, Peu sûre de sa destinée, D’Arnaud ou d’Escobar implorer le secours; Mais, plein d’une douce espérance, Je mourrai dans la confiance De trouver, au sortir de ce funeste lieu, Un asile assuré dans le sein de mon Dieu.