French poem
Orphée I
Admirez le pouvoir insigne Et la noblesse de la ligne: Elle est la voix que la lumière fit entendre Et dont parle Hermès Trismégiste en son Pimandre.
Elisabeth Barré.
LA TORTUE.
Du Thrace magique, ô délire! Mes doigts sûrs font sonner la lyre. Les animaux passent aux sons De ma tortue, de mes chansons.
LE CHEVAL.
Mes durs rêves formels sauront te chevaucher, Mon destin au char d'or sera ton beau cocher Qui pour rênes tiendra tendus à frénésie, Mes vers, les parangons de toute poésie.
LA CHÈVRE DU THIBET.
Les poils de cette chèvre et même Ceux d'or pour qui prit tant de peine Jason, ne valent rien au prix Des cheveux dont je suis épris.
LE SERPENT.
Tu t'acharnes sur la beauté. Et quelles femmes ont été Victimes de ta cruauté! Ève, Eurydice, Cléopâtre; J'en connais encor trois ou quatre.
LE CHAT.
Je souhaite dans ma maison: Une femme ayant sa raison, Un chat passant parmi les livres, Des amis en toute saison Sans lesquels je ne peux pas vivre.
LE LION.
Ô lion, malheureuse image Des rois chus lamentablement, Tu ne nais maintenant qu'en cage A Hambourg, chez les Allemands.
LE LIÈVRE.
Ne sois pas lascif et peureux Comme le lièvre et l'amoureux. Mais, que toujours ton cerveau soit La hase pleine qui conçoit.
LE LAPIN.
Je connais un autre connin Que tout vivant je voudrais prendre. Sa garenne est parmi le thym Des vallons du pays de Tendre.
LE DROMADAIRE.
Avec ses quatre dromadaires Don Pedro d'Alfaroubeira Courut le monde et l'admira. Il fit ce que je voudrais faire Si j'avais quatre dromadaires.
LA SOURIS.
Belles journées, souris du temps. Vous rongez peu à peu ma vie. Dieu! je vais avoir vingt-huit ans, Et mal vécus, à mon envie.
L'ÉLÉPHANT.
Comme un éléphant son ivoire, J'ai en bouche un bien précieux. Pourpre mort!... J'achète ma gloire Au prix des mots mélodieux.