Versos French Gustave Nadaud Les Reines de Mabille

French poem

Les Reines de Mabille

by (1820–1893)

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Pomaré, Maria Mogador et Clara, À mes yeux enchantés Apparaissez, belles divinités. Le samedi, dans le jardin Mabille, Vous vous livrez à vos joyeux ébats, C’est là qu’on trouve une gaîté tranquille Et des vertus qui ne se donnent pas.

Le Cerbère crépu M’a déjà reconnu, Et l’orchestre… bravo ! Est dirigé par monsieur Pilodo. Voyez là-bas le sémillant Mercure, Et ses fuseaux qui tricotent gratis, Représentant le Dieu qui nous récure Et la maison Giraudeau père et fils.

Dans un quadrille à part, Voici le grand Chicard, Avec grâce étalant Un pantalon qui, dimanche, était blanc. Ton noble front, ô grand roi de l’époque, Porte le sceau de l’immortalité ; Mais avec toi, ton ignoble défroque Veut-elle aller a la postérité ?

Dans ton rapide essor, Je te suis Mogador, Partage mon destin, Fille des cieux… et du quartier Latin. En te faisant si belle d’élégance, Ton père eût dû songer en même temps À te doter d’un contrat d’assurance Contre la grêle… et d’autres accidents.

Maria, passe l’eau, Laisse-là ton Prado ; Prodiges superflus ! L’étudiant, hélas ! ne donne plus ! Que j’aime autour de ta prunelle r.oire, Ce cercle bleu, tracé par le bonheur, Liste d’azur qui garde la mémoire Des amoureux effacés de ton cœur.

Ô grande Pomaré, À ton nom révéré, Ton peuple transporté S’est incliné devant ta majesté ! Ah ! cambre-toi, ma superbe sultane, Et sous les plis que tu sais ramener, Fais ressortir ce vigoureux organe Que la pudeur me défend de nommer.

De ton humble sujet, Accepte ce bouquet, Plus frais que tes appas, Et parfumé… comme tu ne l’es pas. Je t’aimais mieux, lorsque modeste et bonne Ô Rosita, tu faisais cent heureux ; Ta tête alors n’avait pas de couronne, Mais elle avait encore des cheveux.

Ô charmante Clara, Professeur de polka, J’aime mieux les ébats Et les leçons que tu n’affiches pas. Depuis dix ans, comment, sur cette foule, As-tu gardé ton prestige enchanteur ? C’est que toujours la fontaine qui coule De tes attraits entretient la fraîcheur !

Coule, coule toujours, Fontaine des amours : Qui sait si quelque jour Je n’irai pas y puiser à mon tour ? Oui, tu vivras autant que la Chaumière, Oui, sur l’airain ton nom se gravera ; On a bien fait la fontaine Molière, Je te promets la fontaine Clara !

En voyant ces beaux yeux, Ce sourire amoureux, Et cette taille-là, Qui ne dirait : « La reine, la voilà ! » Ah ! que ne puis-je, en nue folle orgie, Réunissant vos quatre déités, Vous décerner, comme à l’Académie, Des prix Monthyon de toutes qualités.

Pomaré, Maria, Mogador et Clara, Quel superbe festin Je paierai quand… il n’en coûtera rien. Pardon, pardon, Louise, ô Balocheuse, Je t’oubliais, toi, tes trente printemps, Ton nez hardi, ta bouche aventureuse, Et tes amis plus nombreux que tes dents.

Pince avec agrément Ce sublime cancan, Dont l’élan infernal Fait frissonner jusqu’au municipal ! Va, ne crains rien de l’austère police, Sache braver la morale en pompon ; L’étudiant est là, jeune milice, Qui craint Clichy plus que le violon.

Sans reproche et sans peur, Viens embrasser l’auteur, Et puissent mes couplets Longtemps survivre à tes défunts attraits.