Versos French Guy de Maupassant I

French poem

I

by (1850–1893)

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Un lourd soleil tombait d'aplomb sur le lavoir; Les canards engourdis s'endormaient dans la vase, Et l'air brûlait si fort qu'on s'attendait à voir Les arbres s'enflammer du sommet à la base. J'étais couché sur l'herbe auprès du vieux bateau Où des femmes lavaient leur linge. Des eaux grasses, Des bulles de savon qui se crevaient bientôt S'en allaient au courant, laissant de longues traces. Et je m'assoupissais lorsque je vis venir, Sous la grande lumière et la chaleur torride, Une fille marchant d'un pas ferme et rapide, Avec ses bras levés en l'air, pour maintenir Un fort paquet de linge au-dessus de sa tête. La hanche large avec la taille mince, faite Ainsi qu'une Vénus de marbre, elle avançait Très droite, et sur ses reins, un peu, se balançait. Je la suivis, prenant l'étroite passerelle Jusqu'au seuil du lavoir, où j'entrai derrière elle.

Elle choisit sa place, et dans un baquet d'eau, D'un geste souple et fort abattit son fardeau. Elle avait tout au plus la toilette permise; Elle lavait son linge; et chaque mouvement Des bras et de la hanche accusait nettement, Sous le jupon collant et la mince chemise, Les rondeurs de la croupe et les rondeurs des seins. Elle travaillait dur; puis, quand elle était lasse, Elle élevait les bras, et, superbe de grâce, Tendait son corps flexible en renversant ses reins. Mais le puissant soleil faisait craquer les planches; Le bateau s'entr'ouvrait comme pour respirer. Les femmes haletaient; on voyait sous leurs manches La moiteur de leurs bras par place transpirer. Une rougeur montait à sa gorge sanguine. Elle fixa sur moi son regard effronté, Dégrafa sa chemise, et sa ronde poitrine Surgit, double et luisante, en pleine liberté, Écartée aux sommets et d'une ampleur solide. Elle battait alors son linge, et chaque coup Agitait par moment d'un soubresaut rapide Les roses fleurs de chair qui se dressent au bout.

Un air chaud me frappait, comme un souffle de forge, A chacun des soupirs qui soulevaient sa gorge. Les coups de son battoir me tombaient sur le cœur! Elle me regardait d'un air un peu moqueur; J'approchai, l'œil tendu sur sa poitrine humide De gouttes d'eau, si blanche et tentante au baiser. Elle eut pitié de moi, me voyant très timide, M'aborda la première et se mit à causer. Comme des sons perdus m'arrivaient ses paroles. Je ne l'entendais pas, tant je la regardais. Par sa robe entr'ouverte, au loin, je me perdais, Devinant les dessous et brûlé d'ardeurs folles; Puis, comme elle partait, elle me dit tout bas De me trouver le soir au bout de la prairie.

Tout ce qui m'emplissait s'éloigna sur ses pas; Mon passé disparut ainsi qu'une eau tarie: Pourtant j'étais joyeux, car en moi j'entendais Les ivresses chanter avec leur voix sonore. Vers le ciel obscurci toujours je regardais, Et la nuit qui tombait me semblait une aurore!