French poem
V
by Guy de Maupassant (1850–1893)
Certains soirs, échappant à tous, elle partait Pour aller se baigner dans l'eau fraîche. La lune Illuminait le sable et la mer qui montait. Elle hâtait le pas, et sur la blonde dune Aux lointains infinis et sans rien de vivant, Sa grande ombre rampait très vite en la suivant. En un tas sur la plage elle posait ses hardes, S'avançait toute nue et mouillait son pied blanc Dans le flot qui roulait des écumes blafardes, Puis, ouvrant les deux bras, s'y jetait d'un élan. Elle sortait du bain heureuse et ruisselante, Se couchait tout du long sur la dune, enfonçant Dans le sable son corps magnifique et puissant, Et, quand elle partait d'une marche plus lente, Son contour demeurait près du flot incrusté. On eût dit à le voir qu'une haute statue De bronze avait été sur la grève abattue, Et le ciel contemplait ce moule de Beauté Avec ses milliers d'yeux.--Puis la vague furtive L'atteignant refaisait toute plate la rive!