French poem
La plus douloureuse
by Hélène Picard (1873–1945)
« Mon bien-aimé mourut, me dîtes-vous, un soir… » Petite fiancée à jamais veuve et blanche, Ce mot fit plus désert encore le dimanche Comme planait la nuit sur votre balcon noir.
« Il est mort… » dîtes-vous… Votre ombre fut plus vague, Et l’anneau de la lune, il sembla, s’amincit, De même que le cercle étroit de votre bague… « Il est mort… » Et je dis : « Le mien est mort aussi… »
« Il est mort… » dîtes-vous de votre voix lointaine ; Le tilleul s’agita dans tous ses rameaux verts, Le cœur de la pitié cria dans la fontaine, Ce fut sur nous un bleu désespéré des airs…
Petite amie, hélas ! que vous étiez petite, Et comme vous souffriez !… Vous dîtes : « Je l’aimais… » Votre peine tombait comme une marguerite De vos tendres doigts joints… Vous dîtes : « Plus jamais !… »
« Jamais plus !… » dîtes-vous… et vous restiez sans âme, Vos beaux yeux contemplant l’invisible Sentier… Mais votre teint, pourtant, reprit un peu de flamme : « Il m’aimait, dîtes-vous… Il n’est pas mort entier…
« Près de moi je le sens… à peine, s’il est autre, « Il effleure mon front, il marche dans mes pas… « Et le vôtre ?… » — « Le mien est plus mort que le vôtre. « Il rit, il chante, il vit… Mais il ne m’aime pas… » —