French poem
Épilogue
Le vol effarouché des oiseaux crêtés d’or Distrait l’unique soin de notre double extase, Et dans le rougeoiement dont l’Occident s’embrase Leurs ailes vont fondre la pourpre d’un essor ;
Un vain rêve emporté tourne en chute de plume Aux remous d’air de ce passage fulgurant Dont tu suis le départ de tes yeux las s’ouvrant Sur d’autres horizons que ton désir présume ;
Ce songe où notre âme mutuelle s’oublie, Guirlande jumelle et fragile, se délie En ce déclin crispant sa tresse qui se tord ;
Un vent d’aile néfaste a défleuri la touffe Des lis et, dans le soir triste de quelque mort, L’éclair du Glaive rentre au fourreau qui l’étouffe. Un retour de ramiers migrateurs s’exténue À l’Occident où meurt le jour comme un sourire ; Une Ère de ma Vie en la nuit inconnue Se clôt, et ma sagesse accueille d’un sourire L’ombre massive et redoutable et sa venue.
Au chœur évanoui de quelque vague danse Éclate d’une Lyre une corde rompue Au fond des bosquets lourds de fleurs et de silence Où de la tresse d’une guirlande rompue Choit la défleuraison des roses d’indolence.
Voici venir le soir où mon Rêve suppute Le trésor qu’apporta la merveilleuse Année, Fanfare du clairon, murmure de la flûte, Contradictoire écho de la défunte Année, Cantate du triomphe ou rumeur de la lutte.
Et chaque Aurore avec ses gloires et ses hontes ! Les heures une à une et leur folle aventure S’en viennent, lent troupeau, jusqu’à moi qui les compte À mesure qu’elles sont là, à l’aventure Comme un dénombrement de brebis pour la tonte.
Voici le lourd butin que coupe aux plants des vignes La Serpe d’or rouge du sang de la vendange, Et dans l’amphore emplie à la faveur des signes, Par qui coule en rubis le cru de la vendange, Avons-nous bu l’extase et des ivresses dignes ?
Voici le flot des blés au creux des plaines blondes, Houles qui bercèrent mon âme enorgueillie Au rythme renaissant dont se meuvent leurs ondes, Et le Pain qui chargea ma table enorgueillie Où s’assit le retour de mes Faims vagabondes.
Voici les épaves d’une flore vivace De perles, d’escarboucles et de pierreries Qui surnage et jonche d’écumes la surface Des vagues dont l’éclat fulgure en pierreries Aux splendeurs d’un soleil bu par la mer vorace......
La Vendange fut nulle et la tonte inutile Et le Pain s’est émietté comme une cendre, Et l’écrin dont le flot se fleurit et rutile Disparaît en la nuit de doutes et de cendres, Où s’est ployé l’essor de mon Rêve futile.
Et mon année et son vain œuvre et sa folie Ne fut qu’un rêve d’or, de mensonges et d’ombre Que raille le sourire étrange de la Vie, Et la mort de ce soir sourit jusques en l’ombre D’où jaillira l’Aube nouvelle et sa survie…