French poem
L’Abbesse
Fière et triste à jamais qu’un Dieu fût mort pour elle, En échange du sang répandu sur la croix, Sa jeunesse a donné par amour et par choix Au Seigneur sa beauté que le Seigneur fit belle.
Elle a vécu longtemps, humble, chaste et fidèle Dans la blanche cellule et les cloîtres étroits, Mais ses Sœurs, à son tour, voulurent que leurs fois S’en remissent en paix à sa sainte tutelle.
La bure vêt son corps que le linge embéguine ; Le jeûne a macéré sa figure sanguine ; Son doigt suit sur la page entr’ouverte à ses yeux
La majuscule ornée et la lettre onciale, Tandis qu’à l’autre main, où luit l’anneau pieux, Se recourbe et fleurit la Crosse abbatiale.