French poem
La Barque
J’ai rempli jusqu’au bord, de la poupe à la proue, Des fleurs que tu cueillis en venant vers la rive, Ma barque, et le blanc lys et la rose pensive Se regardent fleurir dans l’onde, joue à joue.
Entre. Pose ton pied ; assieds-toi là, dénoue La sandale du cuir qui blesse ta chair vive Et, comme un souvenir de la terre furtive Écoute les graviers que ton talon secoue.
Amour ! tu t’es assis dans ma barque embaumée Qui, sur les lents remous où rôde l’eau charmée, Porte en elle, à la fois immobile et mouvante,
L’odeur du double Été qui nous isole en lui, Sans savoir si la rive où le fleuve serpente S’étire pour l’aurore ou s’étend pour la nuit.