French poem
La Récompense
Il était de courte taille, Magnifiquement velu, Avec une large entaille Sur sa face de poilu ;
Son bras pendait en écharpe, Un chausson chaussait son pied ; Était-ce au bord de la Scarpe Que Mars l’avait étrillé ?
Sur la Marne ou bien sur l’Aisne Ou sur l’Yser, je ne sais, Qu’il avait, hors de sa veine, Répandu son sang français ?
Qu’importait, car sa prestance Montrait un vrai brave, et puis C’était un soldat de France Que je saluais en lui :
« Ô héros entre cent mille, Lui dis-je, ô victorieux, Toi qui, de la horde hostile, Soutins le choc furieux,
« N’es-tu pas comme l’emblème Du grand effort obstiné Où tout un peuple lui-même De laurier s’est couronné ?
« Dis-moi, pour la part de gloire Qui t’échoit, que voudras-tu ? Sera-ce un ruban de moire Sur ta capote, ô poilu ?
« Pour ta chair ainsi meurtrie, À quoi donc auras-tu droit, Que te devra la Patrie Pour tout cela ? Réponds-moi. »
L’homme avec un bon sourire, Souleva son bras raidi : « Monsieur, je vais vous le dire Tout bonnement, comme on dit :
« Mon désir a pour limites De recommencer le jeu, Car après tant de marmites, C’est fade, le pot au feu ! »