Versos French Henri de Régnier Le Jardin

French poem

Le Jardin

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Tu m'as vu bien souvent, de ton verger voisin Où le pampre vineux annonce le raisin, Bien souvent, tu m'as vu, par-dessus cette haie Que l'épine hérisse et que rougit la baie, Tout un jour, de l'aurore au soir, en mon enclos... Il est humble, petit, mélancolique et clos; Sa porte à claire-voie ouvre sur la grand'route; Une fontaine au fond s'épuise goutte à goutte Et ne remplit jamais qu'à demi le bassin; La ruche, dans un coin, bourdonne d'un essaim Qui rentre sous son toit dès que les fleurs sont closes. Tout est calme. Un rosier balance quelques roses Qui s'empourprent dans l'ombre auprès d'un vieux laurier. Il fait beau. Sur la route, avec son chevrier, Le troupeau qui piétine en la poussière chaude; Son bâton à la main, un mendiant qui rôde; Une femme qui rit et que l'on ne voit pas; Quelqu'un qui passe: rien, ni la voix, ni les pas Ne te semblent pouvoir de lui-même distraire Cet hôte, aux yeux baissés, du jardin solitaire. Ai-je l'air de vouloir être ailleurs qu'où je suis? Le jour s'en va, rayon à rayon, bruit à bruit; Et la ruche incertaine et la rose indistincte Sont l'une d'or pâli, l'autre de pourpre éteinte; Le crépuscule est à genoux devant le soir; Le laurier lentement se bronze et devient noir, Et je reste debout dans l'ombre, et c'est à peine Si l'on entend tout bas un peu plus la fontaine, Et j'écoute à mon coeur en larmes dans mes yeux L'éloquente rumeur de mon sang furieux.