Versos French Hortense Rolland La Cigarette (Page de la vingtième année)

French poem

La Cigarette (Page de la vingtième année)

by (1836–1884)

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Viens, ma gentille cigarette, Dissiper un trop long ennui, Avec toi, ce que je regrette Je veux l'oublier aujourd'hui. Tu le sais, souvent je suis triste. Quoique l'on voie en mon réduit Tout le mobilier d'un artiste : Deux chaises, une table, un lit.

Mais il faut à la jeune fille — Enfant du grand air, du soleil — De l'espace, un beau ciel qui brille Pour lui sourire à son réveil. Et quand mon âme de poète Voudrait jeter de joyeux cris, Je n'aperçois de ma chambrette Que des toits noirs et le ciel gris.

O mon beau pays de Provence ! O bouquet aux riants buissons Où, dès que le printemps commence. Tout est fleurs, amours et chansons ! Même quand le mistral tourmente Et la vallée et le coteau, Le rossignol joyeux y chante Dans les peupliers du hameau.

Dès le matin, dans la rosée Mouillant mes pieds, cheveux au vent, Je m'en allais, l'âme embrasée, Soupirant, chantant, écrivant. Sous les grands dômes de verdure, Oubliant et fatigue et faim, Des bois de pins le doux murmure Me berçait d'un rêve sans fin.

Quand de ma course vagabonde Je rentrais le soir, souvent tard, Deux enfants à la tète blonde Attiraient mon premier regard. L'un dormait au sein de sa mère, Aux grands yeux bleus pleins de douceur, L'autre courait dans la chaumière... C'étaient les enfants de ma sœur.

Ne pleurons plus ces douces choses. Qui sait ? peut-être avec le temps, Je pourrai cueillir quelques roses Comme celles de mon printemps. N'importe, chère cigarette, Laisse-moi rêver aujourd'hui... J'aime tant ce que je regrette Que je me plais dans mon ennui.