French poem
Sur un portrait
by Isaac de Benserade (1613–1691)
Flatteur, qui sans affection Charme la douleur qui me tuë ; Ingénieux trompeur qui, décevant ma veuë, Satisfais à ma passion ;
Aimable entretien de ma flâme, Ombre du soleil de mes yeux Et de la vérité qui plaît seule à mon âme, Mensonge industrieux ;
Imaginaire Déité À qui je rends de vrais hommages, Beaux rayons dérobez du plus beau des visages Que l’art ait jamais inventé !
Muet témoin de ma constance, À qui je me plains chaque jour, Astre, qui dans la nuit de ma cruelle absence Éclaires mon amour.
Quoique vos attraits décevans Soient peints d’une main secondée De l’art et des efforts d’une puissante idée, Olympe a des yeux plus sçavans.
Le temps a droit de faire outrage, À tout ce que l’art peut tracer ; Mais, quand ses doux regards impriment son visage, Rien ne peut l’effacer.