French poem
Châtiment
by Iwan Gilkin (1858–1924)
Mes yeux tristes, mes yeux coupables, Mes yeux qui violaient les yeux Et sondaient les reins impalpables De leurs longs regards vicieux ;
Mes yeux, ô convives sans joie Des soirs où les toasts libertins Font lever les jupes de soie Au rire des flambeaux éteints ;
Mes yeux, lents visiteurs des salles De la morgue, amis du grabat Où, sous les couvertures sales, La mort du pauvre se débat ;
Mes yeux, fiers des secrets farouches Qu’ils tiraient des cœurs ténébreux Malgré le mutisme des bouches ; Mes yeux savants et malheureux,
Mes yeux, mélancoliques urnes, Pleines de pleurs et de péchés, L’archange des terreurs nocturnes Les a méchamment arrachés ;
Et, dans les lugubres ténèbres, Gonflés, monstrueux et pareils À d’énormes lunes funèbres Qui ne verront plus les soleils,
De ses mains jamais assoupies Il les fouette, l’ange irrité, — Ô pâles, souffrantes toupies, Où tournent pour l’éternité
La fuite errante des nuages, Le regret des étoiles d’or, Et, — loin des calmes paysages Où le cœur fatigué s’endort, —
Le désespoir des chairs fleuries, Des chairs, ah ! trop avidement, Trop douloureusement chéries Dans leur extase et leur tourment !