Versos French J. B. Caouette Aux Célibataires

French poem

Aux Célibataires

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Allons, debout! pauvres célibataires, Vous que la femme abreuve de mépris! Abandonnez vos gîtes solitaire, Où l'on ne voit que des chats favoris!

De votre coeur bannissez la souffrance: Ne soyez plus désormais soucieux; Et saluez avec joie, espérance, Le nouvel an qui brille au front des cieux!

Car en ce jour de fête universelle, La fille d'Ève absout les amoureux; Sa douce voix attendrit l'infidèle, Et son regard rend les hommes heureux.

En votre honneur elle fait sa toilette; Elle embellit de fleurs ses longs cheveux; A son faux col rayonne l'épinglette Qu'elle reçut un soir avec vos voeux!

Vite, debout! accourez donc vers elle Vous que l'ennui torture tous les jours! Et dites-lui: «Ma tendre demoiselle, Je pleure encor mes premières amours;

«Je suis cruel, barbare et bien coupable D'avoir blessé vos nobles sentiments; Mais mon offense est-elle impardonnable? Oh! non; alors, reprenez mes serments.»

Mariez-vous! l'Évangile l'ordonne; C'est un devoir sacré pour le chrétien, Aux bons époux parfois le Seigneur donne La paix de l'âme et le pain quotidien.

C'est le souhait, braves célibataires, Que je formule en ce beau jour de l'an A l'avenir, soyez moins solitaires; Rendez des points aux plus jeunes galants!

1er janvier 1883.

SUR L'ALBUM DE MLLE D. M...

Le souvenir c'est tout; C'est l'âme de la vie.

J'aime souvent, l'oeil perdu dans l'espace, A remonter l'échelle d'or du temps; Je vois alors, comme une aube qui passe, L'éclair serein de mes premiers printemps.

Et j'aperçois la pauvre maisonnette Où je naquis et coulai d'heureux jours, Les beaux enfants à la figure honnête Qui me juraient de m'estimer toujours!

Nous descendions la pente de la vie, Insoucieux des heures à venir; Et pensions, dans notre étourderie, Que le bonheur ne peut jamais fuir!

Hélas! pourtant (penser qui me chagrine) Dieu moissonna mes amis tour à tour... Je m'inclinai devant sa loi divine, Car je compris pour l'enfant son amour.

Huit ans plus tard, je rencontrai vos frères-- Que le hasard sur ma route avait mis-- En entendant leurs paroles sincères, Je m'écriai: soyons toujours unis!

Leur amitié fut l'écho de la mienne: Nous étions faits, je crois pour nous aimer! Et leur gaîté--leur gaîté canadienne-- Sut de tout temps me plaire et me charmer.

Souvent le soir, aux lumières de l'âtre, Nous prenions part à des festins joyeux, Où notre esprit, ironique et folâtre, Faisait la guerre aux sujets sérieux!

Oui, nous fêtions à la bonne franquette, Comme fêtaient nos aimable aïeux; Nous nous moquions de l'absurde étiquette Que le mondain s'impose en certains lieux.

Vous étiez jeune alors, mademoiselle: L'on vous montrait encor le B-A: ba! Vous ne rêviez que de poupée et dentelle, Que ruban rose et succulent baba...

Mais, aujourd'hui, (Dieu, que le monde change!) Vous n'êtes plus la «p'tite» d'autrefois; Vous possédez la sagesse d'un ange; Vous êtes grande et savante à la fois!

Vous avez eu--superbe récompense-- A l'examen une médaille d'or: C'est le fruit mûr d'une belle semence, Oh! gardez-la, comme on garde un trésor!

Sur votre front rayonne l'allégresse: Rendez-en grâce au divin Créateur; Demandez-lui, pour unique richesse, D'éterniser en vous tant de bonheur!

25 août 1882.

A MADAME B...