French poem
Il Sera Prêtre!
A MADAME L. G. V...
Le prêtre est un pont jeté entre le ciel et la terre. Le jour où il n'y aurait plus de prêtres, le monde s'abîmerait dans une immense ruine.
C'était un beau matin. Les cloches de l'église Mêlaient joyeusement aux accords de la brise Leurs sons harmonieux; Le peuple agenouillé dans notre basilique, Adressait en son coeur une douce supplique Au Monarque des cieux.
A l'autel se tenaient douze jeunes lévites Venus pour dire au monde, aux plaisirs illicites Un éternel adieu; Leurs lèvres murmuraient d'ineffables prières Et des larmes d'amour nageaient sous leurs paupières Quand ils firent le voeu.
Que c'est donc merveilleux cette cérémonie! Quel cachet de grandeur, de sainte poésie Ne contient-elle pas? Et ces fils d'Adam, nés comme nous dans les larmes, Livreront à satan et ses compagnons d'armes Des valeureux combats!
Quelle langue pourrait, ô noble et digne femme! Exprimer le bonheur dont fut pleine votre âme Au «voeu» de votre enfant? Ah! vous étiez heureuses au delà de tout rêve, Car l'évêque sacrait, ô pauvre fille d'Ève, Le sang de votre sang!
Oui, vous étiez heureuse, ô bonne et tendre mère, Plus que si des honneurs la couronne éphémère Eût ceint ce front aimé; Heureuse jusqu'au point de croire que Dieu même N'avait jamais offert de plus beau diadème En son ciel embaumé.
Réjouissez-vous bien, naïve et sainte femme! Exaltez cet enfant que l'Église proclame Un dévoué pasteur; Contemplez son regard où la pureté brille, Son front calme et serein où la grâce scintille, Ses traits pleins de douceur!
Vous l'aimiez!... Cependant lorsqu'il vous fit connaître Que le ciel l'appelait à devenir un prêtre, L'ami des malheureux, Alors vous avez dit, avec le saint prophète; «Que votre volonté, verbe divin soit faite Ici-bas comme aux cieux!»
Il sera prêtre! Ainsi, joyeux, il abandonne Les passagers plaisirs auxquels l'homme s'adonne, Et qui font son malheur; Il quitte sans regret amis, parents richesses; Son coeur--brûlant foyer des pures allégresses-- Palpite avec ardeur!
Ses mains que pressiez jadis avec tendresse, Toucheront désormais, durant la sainte messe, Le corps, le sang de Dieu; Ses pieds qu'avec amour vous baisiez dans les langes Serviront à porter l'auguste pains des anges Aux mortels, en tout lieu!
Femme, vous n'aurez pas l'orgueil d'être grand'mère, Mais votre fils unique aura, sur cette terre, Une postérité: Elle renfermera le grand, le prolétaire; Le vieillard et l'enfant le nommeront «mon père», L'oeil brillant de fierté.
Il sera prêtre! Aussi que de brebis errantes Reprendront sous ses soins, heureuses, repentantes, La route du bercail; Et que de malheureux, guidés par sa parole, A son exemple, iront, de l'Équateur au Pôle, Achever son travail!
Nouveau Vincent de Paul, cet homme charitable Pressera sur son sein le pauvre misérable, Abandonné de tous; Il lui prodiguera les plus grandes tendresses, Et ce pauvre, touché, contera ses faiblesses En tombant à genoux!
Puis, lorsque les méchants, le coeur rempli de rage Maudiront, saliront de leur ignoble outrage L'apôtre du Seigneur, Alors cet homme saint sentira dans son âme Un amour plus ardent, une plus vive flamme Pour le faible pécheur?
Il est consacré prêtre! Et vous, sa bonne mère, Vous goûtez ardemment sa parole sincère, Pleine d'émotion. Vous assistez tremblante, à la première messe De ce fils qui vous donne--ô sublime caresse!-- Sa bénédiction...
Femme, allez maintenant à vos oeuvres pieuses, Et lorsque sonneront les heures douloureuses, Pensez à votre enfant; Pensez aux doux bienfaits qu'il sème sur la terre: Ce souvenir sera le baume salutaire De votre coeur souffrant
Juin 1879.