French poem
Le Mois Des Morts
Le sol n'est plus velouté de verdure; Le vent gémit, et le chantre des bois Aiguillonné par la faim, la froidure, Redit ses chants pour la dernière fois.
Les milles fleurs qui doraient la prairie Ont disparu sous un épais frimas. Adieu, parfums! Adieu, mousse fleurie Où nous prenions de si joyeux ébats!
«Oyez! la cloche sonne Son hymne monotone Au clocher du saint lieu; Cette voix gémissante S'élève, suppliante Jusqu'au trône de Dieu! C'est le sanglot d'une âme Qui soupire et réclame Dans sa prison de feu. Eh! bien, qu'une prière Monte, monte, sincère, De nos coeurs jusqu'à dieu!»
L'astre du jour, derrière les nuages, Cache ses feux, La nature est en deuil. Hier, la neige, aujourd'hui les orages: Tout se transforme et passe en un clin-d'oeil.
Le moissonneur ne tresse plus les gerbes Qui ravissaient son coeur reconnaissant; Le sol est mort. Nos montagnes superbes Dressent au loin leur faîte jaunissant.
«Oyez! la cloche sonne Son hymne monotone Au clocher du saint lieu; Cette voix gémissante S'élève, suppliante, Jusqu'au trône de Dieu! C'est le sanglot d'une âme Qui soupire et réclame Dans sa prison de feu. Eh! bien, qu'une prière Monte, monte, sincère, De nos coeurs jusqu'à dieu!»
Durant ce mois de deuil et de tristesse, Chrétiens, fuyons les frivoles plaisirs; Pensons aux morts qui soupirent sans cesse Après le ciel, objets de leurs désirs.
Ah! oui, pensons à l'affreux purgatoire, Où Dieu peut-être un jour nous conviera, Car du péché c'est l'urne épuratoire, Inévitable, où notre âme expiera!
«Oyez! la cloche sonne Son hymne monotone Au clocher du saint lieu; Cette voix gémissante S'élève, suppliante Jusqu'au trône de Dieu! C'est le sanglot d'une âme Qui soupire et réclame Dans sa prison de feu. Eh! bien, qu'une prière Monte, monte, sincère, De nos coeurs jusqu'à dieu!»
Entendez-vous ces plaintes déchirantes, Ces longs appels, ces sanglots douloureux?... Prions! Prions! Nos prières ardentes Délivreront des flots de malheureux.
Puis quand la mort, au jour de ses vendanges, De notre vie aura tranché le cours, Alors ces saints--devenus nos bons anges-- Nous prêteront leur merveilleux secours!
«Oyez! la cloche sonne Son hymne monotone Au clocher du saint lieu; Cette voix gémissante S'élève, suppliante Jusqu'au trône de Dieu! C'est le sanglot d'une âme Qui soupire et réclame Dans sa prison de feu. Eh! bien, qu'une prière Monte, monte, sincère, De nos coeurs jusqu'à dieu!»
1er novembre 1881.