French poem
La Danse De L’Abeille
by Jean Aicard
Prise, par une abeille, Pour un rosier en fleur, Merveille De grâce et de couleur,
Zorah danse, et, du voile, La chasse,--et son regard D’étoile La poursuit au hasard.
Et l’abeille chantante Dit: «Ce rosier fleuri Me tente!» Et Zorah pousse un cri!
Une rose, l’oreille De la belle Zorah! L’abeille, Chassée, y reviendra.
Le voile aussi voltige! Et l’abeille poursuit La tige De son rosier qui fuit!
Où s’est-elle posée? La danseuse se sent Baisée Sur sa lèvre de sang!
Une rose, sa bouche Que mouille une eau du ciel! La mouche Y vient chercher son miel!
Le voile qu’on lui lance Manque l’insecte ailé!... Silence!... Où s’est-il envolé?
«Ah! c’est dans ma poitrine!» On dirait qu’un essaim Butine Les deux roses du sein!
Et Zorah, qui s’arrache Du cou ses sequins d’or, Se fâche, Se sent piquée encor!
Zorah jette sa veste! Même elle ôte, en dansant, Le reste, Car l’abeille descend!
Zorah, la belle fille, Qu’un pantalon plissé Habille, Sur ses pieds l’a glissé!
Et l’abeille en maraude Ne cherche plus ailleurs, Et rôde Sur la reine des fleurs!
Zorah gardant les poses D’un effroi gracieux, Ses roses Nous enchantent les yeux.
On comprend qu’une abeille L’ait pu trouver un jour Pareille Au rosier de l’amour!