French poem
La Méditerranée
by Jean Aicard
Ô Méditerranée, ô mer tiède, ô mer calme, Grand lac que sans effroi traversent les oiseaux, Les aiguilles des pins d’Italie & la palme Vibrent dans la clarté limpide de tes eaux.
Tes golfes dentelés ont de divins caprices, Ton éclatant rivage a des cailloux d’argent, Et la voile latine erre sur tes flots lisses, Charmante comme un cygne immobile en nageant.
Amphitrite lascive à longue tresse blonde, Ta tunique flottante entr’ouvre, quand tu dors, Ses plis blancs, & trahit sous l’éclat pur de l’onde Des frissons bleus qui sont les veines de ton corps.
Tu t’étends paresseuse, & le ciel tremblant semble Descendre de là-haut pour dormir avec toi ; Et, pendant que ton lit parfumé vous rassemble, Tu chantes comme en rêve & sans savoir pourquoi !
Ah ! ce n’est pas assez d’être nubile & belle Et d’étaler ainsi ton beau corps au soleil, En gardant que le vent ne trouble d’un coup d’aile Les frémissements doux de ton léger sommeil !
Il ne nous suffit pas d’entendre des bruits vagues, Et l’Océan le sait, lui qui fait chaque jour Retentir dans un choc de révolte ses vagues, Pendant que tu souris, languissante d’amour !