Versos French Jean Aicard (Tunis)

French poem

(Tunis)

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Dans la salle de l’école. (Sauf le maître toutefois) Tout le monde a la parole, Comme les oiseaux aux bois.

Au milieu,--dans la lumière Diffuse, égale partout,-- Ceint d’un cadre de barrière, Un tombeau de marabout.

Le bonhomme en paix repose... Que Dieu bénisse ses os!... L’enfance bruyante et rose Lui donne un concert d’oiseaux.

Assis sur les fraîches nattes, Tous les petits écoliers Ont plié sous eux leurs pattes... --On voit, au seuil, leurs souliers.

Chacun d’eux, sur sa tablette, Lit un verset du Koran, Mais ils lisent, à tû-tête, Tous un verset différent!

Le maître, baguette haute, Au milieu du brouhaha Reconnaît la moindre faute, Et fait signe: Halte là!...

Mais l’adorable merveille C’est un enfant de cinq ans Qui ne prête pas l’oreille Aux clameurs des concertants.

Il a l’œil d’une colombe Ou d’un rossignol au nid; Seul, il s’adosse à la tombe, Et la tombe le bénit.

Il suit, par la porte ouverte, Un nuage, au ciel tout bleu; L’école chante ou disserte: Lui, se tait, chéri de Dieu.

D’autres savent: il ignore; Il rêve... quoi? Rien du tout; Il s’étonne de l’aurore, Sans songer au marabout.

Il est doré comme l’ambre, Comme la datte et le miel... Il ne voit de cette chambre Que la porte--où luit le ciel!

Quel beau pli, sur sa poitrine, Fait son burnous enfantin! L’enfance est vraiment divine: Elle porte le destin.

C’est l’innocence éternelle, La gloire du genre humain: Elle nous cache son aile, Mais l’espoir est dans sa main.