Versos French Jean Claude Léonard Poisle Desgranges Le Petit Botaniste ou description de diverses plantes

French poem

Le Petit Botaniste ou description de diverses plantes

by (1789–1876)

Listen in the reader

L’orgueil, le plaisir, la douleur, La modestie ou la tendresse, Tout ce qui meut l’humaine espèce Se retrouve dans une fleur.

L’armoise est l’heureux talisman Qui, dit-on, garde l’innocence ; Il en est un plus sûr, je pense : La tendresse d’une maman.

Si le pavot, l’iris, la menthe, Dans un parterre obtiennent rang, Souffrons-y la tige imposante Du salutaire bouillon-blanc.

Au courage mâle et guerrier Echoit pour couronne un laurier ; A tout moderne Démosthène On offre la feuille de chêne ; Pour la bergère qui lui plaît Le berger tresse le bluet.

Pour guérir les maux qu’elle a faits Bien souvent la nature cache Dans mille simples ses bienfaits ; J’en ai pour garant la bourrache.

Ainsi la timide bergère Sans appui se trouverait Si la nature n’offrait A son cœur le sein d’une mère.

Les fleurs croissent au printemps, Les fruits viennent en automne ; Seul le colchique nous donne Fleurs, fruit, graine en tous les temps.

Le ponceau nous offre l’image Du bon et simple agriculteur ; Au tournefort on rend hommage Comme on doit à tout grand seigneur.

La fraise en fleur croît aux monts cisalpins, Tout près des dieux, et ferait leurs délices, Si, moins sujets à d’antiques caprices, Ils en peuplaient les célestes jardins.

Ta gloire sera plus durable Que celle de toute autre fleur : L’utile est placé dans ton cœur, L’autre n’a rien que l’agréable.

Salut aux sœurs immortelles Qui savent calmer tant de maux ! Maître ou tyran des animaux, Que de bienfaits tu reçois d’elles.

Etreignant des lilas, Le citadin, la citadine Chargés de leur rapine Rentrent fleuris et las.

Dès que le soleil nous éclaire, Le liseron, originaire Du sol brûlant du Portugal, Jouit d’un éclat sans égal ; Mais son pur calice il referme Quand le jour arrive à son terme.

Aujourd’hui plus d’un imberbe Avant que d’être homme est fumeur, Et son haleine porte au cœur ; Mais, grâce aux sucs de notre herbe, Il corrige sa puanteur.

Dans nos bois, tranquille amateur, Je foule l’empire de Flore ; Heureux, j’admire chaque fleur ; J’avance et puis… j’admire encore.

Une aventure touchante Peint le Ne m’oubliez pas ; Aimé-Martin nous la chante Dans un livre plein d’appâts.

Ainsi, dans notre capitale ; Le mérite est comme perdu ; Au village, moins confondu, Son éclat n’a rien qui l’égale.

Mois fleuri d’un heureux printemps ; En vieillissant on vous regrette ! Bonheur, plaisir et pâquerette, Tout s’enfuit sur l’aile du Temps.

La gentille pervenche, en ses grâces si pure, Jadis a su plaire à l’immortel Rousseau ; Imitons dans ses goûts l’homme de la nature ; Pourrait-on dédaigner ce qu’il a trouvé beau ?

Les ans, la souplesse, la grâce, L’amitié qui tout embellit, Le globule du pissenlit, Tout cela par un souffle passe.

Ecoutez leurs concerts joyeux ! Ils rendent grâce à la nature Qui leur fournit la nourriture. Jamais ingrats, ils sont heureux.

Le tilleul à plus d’un usage Sert quand il est entre nos mains, Et, sur pied, réserve aux humains Un doux et salutaire ombrage.

Observateurs de la nature, N’imitez pas le froid mépris Des amateurs d’horticulture Pour qui cette plante est sans prix. C’est un excellent spécifique Pour faiblesse du nerf optique ; En infusion s’il est pris Il sait ranimer nos esprits.

Ainsi dans tous les temps se voile le mérite ; Pour le voir, il faut le chercher ; Mais en vain, il veut se cacher, Son parfum ravissant à le trouver invite.