French poem
Les Grans et Merveilleux Faictz du Seigneur Nemo
by Jean d’Abundance (1501–1555)
Audite verba mea et vivet anima vestra, Esaye, 4.
Esaye escript en son livre : « Escoutez, se vous voulez vivre ». Dévotes gens, qui cy ensemble Estes, ainsi comme il me semble, Pour honneste cause assemblez, Et qui, sans mentir, me semblez Estre gens de haultes sciences Et de très bonnes consciences, J’ay, s’il vous plaist, intention De faire une collacion Ici, non pas pour vous apprendre, Mais pour delectation prendre, Car je le fais principalment Pour vostre resjouissement. Or faictes paix quant Je liray, Ou autrement je me tairai,
Quoy que tout soit sans fiction, Et sauf vostre correction ; Seulement me vueil préparer A celle fin de déclarer L’excellence et le grant renom D’ung très grant Seigneur, dont le nom Est Nemo, qui tous autres passe ; Audite ergo, loco et capitulo prelibatis.
Mais que chacun me donne espace, Je vous diray, à brief parler, Ce que de Nemo veulx toucher. Nostre Dieu, où tout bien abonde, Quant il vint pour former le Monde, Car il est dit si grant merveille Que depuis je m’en esmerveille. Premier, je treuve que de faict Nemo fut, quant et les jours, faict : Dies formanbuntur et Nemo in eis. Psalmo 138. Aussi l’Evangille raconte, Qui vault bien qu’on en face compte, Que Nemo avant Jesu-Christ Monta au ciel, quant il escript : Nemo ascendit in celum. Jo. 6. Item Jesus monstrans zelum, Quem gerebat dulcissime Erga Neminem maxime, Dixit : Nemo venit ad me. Jo. 6.
Et, quant il fut en la présence De Dieu, veit la divine essence Nemo Deum vidit, ce qu’onques Jo., 4. Homme [avant luy] n’avoit faict. Doncques Fault il dire, pour vérité Qu’il avoit grant auctorité. De rechief saint Pol nous escript En une Epistole, où il dit Que Nemo peult bien appeller Le nom Jésus et en parler : Nemo potest dicere : Dominus Jesus. Cor., 12. Mais plus y a, car je vous dy Que Nemo fut si très hardi, Car, quant Juifz n’osèrent prendre Jesum, il osa entreprendre D’y mettre hardiment les mains : Nemo misit in eum manus. Jo., 7. Encores n’est ce que du moins, Car, comme dit Nichodemus, En parlant au très doulx Jesus, Nemo povoit telz signes faire Comme il faisoit, sans luy desplaire : Nemo potest hec signa facere que tu facis. Joh. 3. Nemo, pour en brief le vous dire, Est si grant et si puissant sire Que ce que Dieu peult clorre il œuvre, Ce de quoy Dieu faict ouverture : Deus claudit et Nemo aperit ; aperit et Nemo claudit.
Ne dit pas aussi l’Escripture De Job, si g’y sçavoye bien mordre, Que Nemo se peult bien estordre De la main Dieu ? Certes si feist, Cum sit Nemo qui de manu tua possit eruere. Job, 10. Et saint Jehan aussi, qui nous dit Que Nemo la joye osteroit Aux Disciples, quant il vouldroit, De laquelle Jesus parloit : Gaudium vestrum Nemo tollet a vobis. Joh. 16. Nully si ne se deveroit Esmerveiller pour ung tel cas. Saint Jehan dit en ce mesme pas Que Nemo à Dieu osteroit Son ame, quant il lui plairoit : Et Nemo tollet a me animam meam. Pour sçavoir d’ont telle puissance Luy vint, sachez que sa naissance, Ou au moins son commencement, Si vint des Roys premièrement : Nemo ex Regibus habuit initium. Sap. 7. Aussi dit ailleurs l’Escripture Que Nemo est de tel(le) nature, Si est que sa propre personne Peult porter de fait la couronne Entre tous les Roys terriens : In omnibus Regibus Nemo portabit dyadema et Nemo accipiet coronam. Machabe. 8.
Et je ne m’esbahis de riens Se Nemo a tant d’avantage, Veu que les gens de son lignage Sont moult prisez et honnorez Et en auctorité trouvez Du sainct Archange Gabriel, Qui annonça dit bien et bel À dame Elizabeth ainsin Que Nemo estoit son cousin : Nemo est in cognatione tuâ. Lu. 10. Item je puis bien reciter Qu’à Dieu ne peult nul resister Que Nemo tout à beau delivre, Tesmoing Job, disant en son livre : Deus, cujus iræ resistere Nemo potest. Plus fort l’Escriture raconte Du bon homme [Job] et nous compte, Parlant des choses qui sont faictes, Que, se Dieu les avoit deffaictes, Nemo les peult édifier : Si destruerit Deus, Nemo est qui edificet. Aussi, Dieu mercy et la vostre, Aussi vray que la patenostre, Il est tenu, comme j’entens, Combatre à ses propres despens ; Nemo propriis sumptibus militare tenetur.
Aussi dit bien Dieu sans doubtance Que Nemo est de tel(le) vaillance Qu’il faict les gens devant fuyr, Quant luy plaist les poursuivyr : Fugit impius, Nemine persequente. Proverb., 28. Jesus dit qu’il faict bien plus fort, Car il peult ravir par effort Les ouailles de la main De Dieu, le père souverain : Nemo potest rapere oves de manu patris mei. Saint Luc si a mention faicte Qu’il est en son pays prophète : Nemo propheta acceptus est in patriâ suâ. Nemo ne vueille à nul desplaire Entre les choses qu’i veult faire, Selon poëtique escripture Il peut tollir don de nature : Quod Natura dedit, Nemo tollere potest, Et Chaton dit que de péché Nemo ne peult estre entaché : Nemo sine crimine vivit, Et si respont qu’il est de faict, Quant on l’appelle, amy parfaict : Nemo respondet amicus.
En ce mesme livre est escript De luy en ung verset qui dit Que Nemo se peult esjouyr Et de joye longuement jouyr, Comme il appert par ce coupplet Qui dit : Nemo diu gaudet, Qui est ung grant honneur à luy Et, d’autre costé, c’est celuy Qui a plus grande charité : Majorem charitatem Nemo habet, Jo. 15. Aussi a il subtilité D’estre aux justes appercevant, Dont saincte Eglise va chantant : Ecce quomodo moritur justus, et Nemo percipit corde. Item son engin n’est pas rude, Car la très grande multitude, Dont Jehan parle en l’Apocalypse, Povoit nombrer de fil en lice : Vidi turbam magnam, quam dinumerare Nemo poterat, Apocal., 7. Ne dit pas aussi Priscien, Maistre de grammaire ancien, Que Nemo fut son compaignon ; Neminem, inquit Priscianus, inveni socium ?
Pour Dieu, chères gens, or penson Bien en noz cueurs que c’est grant signe Que Nemo soit personne digne, Quand le livre des sept seaulx clos Fut par luy ouvert et desclos, Dont l’Apocalypse faict compte : Nemo dignus inventus est aperire librum. Apocal. 5. Mais, entre les faictz que je compte, Ne doy oublier, ce me semble, Ce qu’à ses Disciples ensemble Dit Jesu-Christ qu’i s’en allassent Par le pays, Nemo saluassent, S’ilz le trouvoient en leur voye : Neminem salutaveritis in via. Lu. 10, Et à aucuns dit toutesvoye, En sa transfiguration, Fist-il expresse injunction De la verité revéler À Nemo, sans jà luy celer : Nemini dixeritis visionem. Mat. 7. Mesme ce fut un grant honneur Que fist Jésus, nostre Seigneur, À Nemo, quant il demandoit À la femme, qui prinse estoit En adultère, où estoyent Ceulx qui de ce faict l’accusoyent Et qu’elle respondit : « Nemo » ; Car alors luy dit Jésus : « Ho », Puisque Nemo est iceluy,
Je n’y touche par dessus luy ; « Nemo, Domine. » — « Nec ego te condemnabo. » Joh. 8. Item le faict je vous ramaine De la femme Samaritaine À laquelle Jésus parla Emprès le puys où il alla, Auquel ses Disciples n’osèrent Demander, quant ilz retournèrent Devers luy, qu’il luy avoit dit, Et Nemo hardiment le fist ; Nemo dixit : « Quid queris, aut quid loqueris cum eâ ? » Joh. 4. Somme, ses faictz sont ung abisme Dont jamais ne sçauroye la disme Suffisamment vous relater. Et ne cessasse huy d’en parler.
Je vous ose encore bien dire Que, quand Jesu-Christ nostre sire À ses disciples racomptoit Que, au temps lors qu’il s’en alloit À cil qui l’avoit envoyé, Par Nemo fut interrogué : Vado ad eum qui me misit, et Nemo interrogat me : « Quo vadis ? » Joh. 16.
Encore vous vueil bien parler De ce que Jesus dit de soy En parlant aux Juifs de la loy Et de Moyse, le prophète, Disant que Nemo l’avoit faicte : « Nemo, » inquit Moyses, « dedit vobis legem, et Nemo facit legem ». Joh., 7. Que Nemo, est chose bien clère, Peult faire loy comme Emperière Et, combien qu’il soit seigneur grant, Si mect il bien la main pourtant À la charue pour labourer Et derrière soy regarder Pour estre abille à parvenir Au règne qui ne peult finir : Nemo, mittens manum ad aratrum, et respiciens retro, aptus est regno Domimi. Lu. 9. Encore vous dy-je, sans fable, Que Nemo est plus serviable En l’eglise et plus diligens Que ne sont beaucoup d’autres gens ; Car il y scet bien allumer La lampe et il scet bien chanter : Nemo accendit lucernam, Luce 11 ; Nemo poterat dicere canticum, Apo. 44; Nemo les ouvriers qui chomoient Loua, quant les autres alloient En la vigne pour labourer, Dont saint Mathieu voulut parler, Au texte de son Evangille.
Car, quant le père de famille Les enquist pourquoy ilz estoient Ainsi oyseulx, ilz respondoient Qu’avec luy ne seroient ilz mye Et que Nemo, sans menterie, Pour ce jour les avoit louez : Responsum dederunt ei quia « Nemo nos conducit ». Mathei 20.
Pour Dieu, Messeigneurs, or oyez Dudit Nemo que ce peult estre, Car il peult bien à plus d’ung maistre Servir, s’il luy plaisoit le faire. Sans à nul d’eulx estre contraire : Nemo potest duobus dominis servire, Mathei 6, et Luce 16. Ne mect pas aussi saint Lucas De Nemo ung merveilleux cas. Lequel si nous est demonstrable Que Nemo fut tant charitable Qu’à ung povre qui avoit fain Donna des miettes de pain Chéans de la table du riche, Qui tant estoit avar et chiche Qu’il ne luy en vouloit donner, Mais cil Nemo abandonner Luy en voulut piteusement : Erat quidem pauper cupiens recreari de micis que cadebant de mensâ divitis, et Nemo illi dabat. Luc. 16.
Nemo aussi pareillement Pour ses mérites et devoir Selon les Droictz peult bien avoir Sans bigamie, ce me semble, Deux femmes espousées ensemble : Nemini liceat duas uxores habere. Vrayement, chères gens, qui bien pense À Nemo et son excellence Je cuide qu’il s’en esmerveille, Car nul ne faict chose pareille Qu’il peult vendre et aliéner Les corps sainctz et en marchander Licitement et à sa guise Et des trésors de saincte Eglise ; Nemo martyres distrahat ; Nemo mercetur de sacrificiis ecclesiasticis. Nemo n’est pas à condenner. Seigneurs, car il peult contenner Les lyens dont l’Eglise lye ; Nemo contemnat vincula ecclesiastica. Plus fort ; Nemo, nul ne le nye, Si peult bien excommunier Et d’excommuniment lyer Sans cause ès Lectres autentiques Nemo potest excommunicari sine causà. Et, aux Bulles Apostoliques, N’y est-il pas par motz exprès Escript, si est ou assez près, Que Nemo peult estre licite Les rompre, qui n’est pas petite : Nostre igitur presentis concessionis paginam Nemini liceat infringere.
Les Roys aussi et autres Princes Et les Présidens des Provinces, Quant ilz reçoivent les Sergens Des Conseillers et autres gens, Les font-ils pas jurer, si font, Que à Nemo ilz révéleront Les secretz, et, s’enquis j’estoye Pour cela, je leur respondroye Que c’est pour ce qu’il ne mourra Point, mais tousjours vif demourra : Nemo est qui semper vivat. Ecclesiastici I.
Que voulez vous que je vous dye ? C’est une droicte mélodie Que de Nemo et de ses faictz Dont n’en sçauroye dire huy mais, Et si en diray encore ung Qui entre les Clercz est commun, Et qui est si grant que sans faulte Je m’esmerveille, aussi est haulte La chose dont Dieu escondit Ses Disciples quant il leur dit Que à eulx sçavoir n’appartenoit Quand la fin du Monde seroit, Qu’on dit du Jugement le jour ; Mais il leur dit lors sans séjour Que Nemo sy le sçavoit bien De die autem illo vel horâ Nemo scit. Marci 40. Somme toute, je croy et tien
Que, se d’ung moys je ne cessoye D’en parler, pas je ne diroye De Nemo tout ce qu’on en treuve En chascun livre qui l’appreuve. Mesme, sainct Pol si nous racompte, Nemo par vain langage et compte Peult seduire les gens en brief Et les mectre en voye de meschief : Nemo vos seducat inanibus verbis. Nemo peult bien, sans contredit, Resister en faict et en dit À ses ennemys sans doubter, Sans qu’ilz le puissent rebouter : Nemo inimicis audebit resistere. Levitici 26. Item saint Jehan dit que nul homme Ne peult aussi bien besongner De nuyt, qu’on doit prendre son somme, Que Nemo, s’il y veult soigner : Venit nox cùm Nemo operari potest. Jo. 10.
Messeigneurs, pour tant je conclus Par ce que j’ay dit cy dessus, Priant le filz de la Pucelle Qu’il nous doint la vie éternelle, Quant son rigoreux examen Sera tenu. Dictes : Amen.