French poem
Iv
LES DEUX MULETS.
Deux mulets cheminoient, l'un d'avoine chargé, L'autre portant l'argent de la gabelle. Celui-ci, glorieux d'une charge si belle, N'eût voulu pour beaucoup en être soulagé. Il marchoit d'un pas relevé, Et faisoit sonner sa sonnette, Quand, l'ennemi se présentant, Comme il en vouloit à l'argent, Sur le mulet du fisc une troupe se jette, Le saisit au frein, et l'arrête. Le mulet, en se défendant, Se sent percer de coups; il gémit, il soupire. Est-ce donc là, dit-il, ce qu'on m'avoit promis? Ce mulet qui me suit du danger se retire, Et moi j'y tombe et je péris!-- Ami, lui dit son camarade, Il n'est pas toujours bon d'avoir un haut emploi; Si tu n'avois servi qu'un meunier, comme moi, Tu ne serois pas si malade.