French poem
La Beauce
La Beauce avait jadis des monts en abondance, Comme le reste de la France : De quoi la ville d'Orléans, Pleine de gens heureux, délicats, fainéants, Qui voulaient marcher à leur aise, Se plaignit, et fit la mauvaise ; Et messieurs les Orléanais Dirent au Sort, tout d'une voix. Une fois, deux fois et trois fois, Qu'il eût à leur ôter la peine De monter, de descendre et remonter encor. Quoi ! toujours mont et jamais plaine ! Faites-nous avoir triple haleine, Jambes de fer, naturel fort, Ou nous donner une campagne Qui n'ait plus ni mont ni montagne. Oh ! oh ! leur repartit le Sort, Vous faites les mutins, et dans toutes les Gaules Je ne vois que vous seuls qui des monts vous plaigniez ! Puisqu'ils vous nuisent à vos pieds, Vous les aurez sur vos épaules. Lors la Beauce de s'aplanir, De s'égaler, de devenir Un terroir uni comme glace ; Et bossus de naître en la place, Et monts de déloger des champs. Tout ne put tenir sur les gens : Si bien que la troupe céleste, Ne sachant que faire du reste, S'en allait les placer dans le terroir voisin, Lorsque Jupiter dit : Épargnons la Touraine, Et le Blésois ; car ce domaine Doit être un jour à mon cousin Mettons-les dans le Limousin.